Communication digitale : d’une stratégie de présence à une stratégie de flux

Depuis (trop) longtemps, on construit les sites web comme on construit une maison, avec une belle porte d’entrée pour accueillir ses visiteurs et une belle façade pour impressionner ses concurrents.
Si on en a les moyens, on fait appel à un « architecte » renommé, pour pouvoir s’en vanter et pour s’acheter une crédibilité qu’on n’a jamais voulu conquérir.
Puis on fait le « lancement », inauguration bruyante et fanfaronnate de votre maison, qui lâche votre site sur la toile comme on lâche un enfant lors de ses premiers pas.
A ce moment, votre site est le centre du monde, et vous imaginez des foules, trépidantes d’impatience, attendant fébrilement de voir à quoi ressemblera votre nouveau site, en tapant frénétiquement F5 (ou Pomme+R) .

Tout le monde se fout du lancement de votre site (Même votre mère).

Désolé.
Désolé, mais tout le monde se fout du lancement de votre site, y compris la plupart des habitants de votre maison.

Excepté, je vous l’accorde, votre boss, vos collègues du marketing, le service communication de votre concurrent, et votre femme (parce que cela fait 6 mois que vous lui rebattez les oreilles avec votre « projet web »).

Et encore, ceux-là jugeront votre site qu’au design de votre page d’accueil. Ça tombe bien, c’est la seule maquette potable qu’a fait l’agence qui a bossé pour vous.
Peu importe le contenu, ils diront « c’est beau », « ça change de l’ancien » (il ne manquerait plus que ça !) « c’est moderne » ou l’incontournable mais tellement vide de sens « ça fait dynamique ».

Désolé, car les visiteurs n’attendent pas le lancement de votre site.
La prochaine fois qu’ils iront sur votre site (c’est à dire dans 3, 6 mois ou un an pour les fidèles), ils se diront tout juste, durant l’espace d’une demi-seconde : »tiens mais ils ont changé leur site, non ? », avant de chercher la nouvelle place de l’outil ou de l’information qu’ils avaient l’habitude de chercher.

Les visiteurs ne rentrent plus par la porte d’entrée, toute belle et rutilante soit-elle. Ils rentrent pas la fenêtre, parce qu’ils passaient dans la rue et qu’ils ont vu une information qui les intéressaient.

La majorité de vos visiteurs ne voit pas votre page d’accueil.
La majorité de vos visiteurs ne visite pas régulièrement votre site, pour voir si vous avez publié des nouveaux contenus.
La majorité de vos visiteurs ne connaît pas votre nom de domaine, et n’a pas votre site dans sa barre de favoris.

La communication digitale doit faire sa révolution copernicienne.

Votre site web n’est pas le centre du monde, ni même celui de vos clients.
Les visiteurs de votre site ne sont pas « vos » visiteurs.
Dans leur navigation web, votre site n’est qu’une étape, un moment.
Votre site web n’est pas une maison, c’est juste un passage.

Le champ lexical des sites web, qui renvoie à celui de la construction, de l’architecture, du durable et du solide ( « homepage », « architecture » , « architecte d’information » designer »), révèle en fait une vision architecturale (au sens de structure), statique…et aussi auto-centrée.
On se gausse des sites dont la homepage a pour titre « Bienvenue sur le site… », mais ne l’appelle t-on pas en français la page « d’accueil » ?

Sortir du culte de la « présence en ligne »

Cette manière d’appréhender la façon dont on fait et on gère des sites s’illustre aussi parfaitement dans ce que l’on nomme la « stratégie de présence » : il faut être « présent » sur internet : avoir son site, être présent sur facebook, sur twitter, et avoir son application mobile.

Cette injonction de présence, traduction littérale et non-distanciée du discours marketing des éditeurs de services en ligne, fait de la présence (c’est à dire de l’outil), un objectif et une finalité, là ou il ne devrait être que moyen.

Il est étonnant au passage de constater à quel point les professionnels du webmarketing n’ont aucun recul sur le discours marketing des facebook et consorts : quand Facebook dit aux marques qu’elles doivent faire des pages plutôt que des groupes, parce que c’est le mieux pour elles, tout le monde suit sans se poser de questions. 5 ans après, facebook a tué les pages : leur reach est mort, leur engagement est moribond, et il faut payer pour être visible (ce qui ne veut pas dire vu)… Tiens, si on faisait des groupes ?

Dans cette stratégie de présence, le moyen est la fin, et l’outil la finalité :

« On a lancé un site, on a crée un compte instagram.
C’est bon, c’est fait. On passe à autre chose.
Oh tiens un nouveau réseau social. Chouette, encore un outil à ajouter à notre stratégie de présence. »

J’exagère un peu le trait, car on va plus loin aujourd’hui : on mesure le nombre de fans sur facebook, le nombre de visiteurs sur son site.
On ne sait pas bien à quoi ça sert, mais ça fait bien de créer (ou plutôt d’exporter) des tableaux et des graphs super beaux qui montrent la fulgurante progression de nos indicateurs-clés.
Peu importe si on confond la métrique et l’objectif, peu importe comment est calculé la métrique, l’essentiel est d’en mettre pleins les yeux à son boss ou à son client, et de leur montrer qu’on a atteint la « barre » des 10.000 visiteurs ou fans.

Google est la homepage, le moteur de recherche et l’arborescence de votre site

Si l’on interroge les causes de ce changement de paradigme, le moteur de recherche de la firme de Moutain View est évidemment au premier rang des responsables.

Il faut se faire à l’évidence : les visiteurs n’aiment pas naviguer sur votre site.
Pourquoi ? Parce que tous les sites possèdent une ergonomie différente et que la recherche d’une simple information de contact est jamais au même endroit, et jamais présenté de manière identique.

Une application informatique est réussie si son interface fonctionne comme l’utilisateur s’y attend, si son intuition lui permet de facilement l’utiliser. Elle sera alors intuitive si ses éléments et son fonctionnement ressemblent à ce que connait déjà l’utilisateur, à ce qu’il a appris.»

Jeff Raskin, expert interfaces pour Apple dans les années 70-80

Le problème, c’est que les utilisateurs n’apprennent rien de votre site, car ils n’y vont pas assez régulièrement pour en apprendre le fonctionnement et que vous avez par dessus pris la fâcheuse habitude de faire des refontes tous les 3 ans, faisant perdre aux plus fidèles l’apprentissage de votre site.

Pendant que vous engloutissez tout votre budget digital dans les refontes, Google, lui, fonctionne toujours de la même façon, possède toujours la même ergonomie, simplissime et terriblement efficace.
Pas de chance, il s’avère aussi que, contrairement à votre site, Google est aussi le centre du web.

Si ce tweet peu faire sourir les professionnels du web, il n’en correspond pas moins à une certaine réalité : Google a rendu caduque votre nom de domaine, mais aussi, avec les rich snippets, votre moteur de recherche interne (Google l’affiche désormais directement sur les SERP pour certains sites) et votre menu de navigation (avec les sitelinks) auquel vous avez tant réfléchi.
Vos visiteurs connaissent mieux Google que votre site, et c’est pour ça qu’ils utilisent Google pour naviguer dans votre site.
Il suffit de regarder les analytics pour s’en convaincre : combien de vos visiteurs ne passent pas par votre page d’accueil ?

Google est en train de progressivement déporter l’accessibilité à votre contenu de votre site vers ses pages de recherche, et l’enjeu n’est pas tant dans la déportation du trafic que dans les changements ergonomiques que cela nécessite sur les sites web.

Les budgets colossaux dépensés dans des refontes gigantesques (alors que dans beaucoup de cas il serait préférable d’avoir une approche incrémentale) altèrent une expérience utilisateur fragile des sites qui profite à Google.
Comble de l’ironie : alors que Google déporte des éléments de navigation et de contenu des sites web, les marques sont obligées désormais de payer leur visibilité dans les SERP (Google Adwords).
Une double peine pour les marques, infligée par le géant de Moutain View dont le seul tort est finalement d’être devenu hégémonique, du moins dans certains régions du monde.

Mais Google n’est pas seul responsable de ce changement de paradigme.
Le web 2.0 et notamment les réseaux sociaux ont largement contribué à accélérer ce phénomène dans lequel le site web perd sa fonction centrale et architecturale.
La multiplication de la présence des marques sur des outils dont la marque est simple locataire (le « rent » d’Avinash Kaushik) a également déporté l’accessibilité à l’information des sites vers les flux d’abonnements, générant des dynamiques de flux transversales (vers des liens profonds, très thématisés) au détriment de dynamiques pyramidales (le visiteur arrive par la page d’accueil, puis se conforme à l’architecture du site pour naviguer).
Mais au fond, est-ce que ce dernier modèle a déjà existé ?

La homepage n’est plus la seule page d’accueil, car c’est toutes les pages de votre site sont des pages d’accueil (ou les landing pages). Prendre conscience de cela implique beaucoup de changements sur la manière de construire mais aussi gérer les sites web.

Passer d’une stratégie de présence à une stratégie de flux

Face à ce constat, l’enjeu aujourd’hui est sans doute de passer d’une stratégie de présence à une stratégie de flux.

Ne plus empiler les outils sur un slide powerpoint, comme les accessoires d’une panoplie, mais positionner les outils sur des flux que l’on a identifié.

Ce changement passe sans doute par l’abandon d’une vision auto-centrée de nos outils (et notamment de notre site web, clé de voûte de la stratégie digitale) et de notre marque, vers une approche de flux et de produits.

Concrètement, cela signifie prendre déjà le temps du recul : sur la nécessité et l’impact d’une refonte totale d’un site web, sur l’utilité de créer des sites satellites pour des cibles spécifiques.

Le véritable enjeu n’est pas tant le support (le site) que le contenu : créer un site satellite, conserver un type d’information sur son site corporate ou bien le déporter sur un blog extérieur ou un site spécialisé…au final peu importe, car les visiteurs ne sont pas fidèles (j’exclue de cette réflexion les sites de presse).
La communication digitale a emprunté à la presse son vocable : si l’on parle de « rubriques » et de « ligne éditoriale », il ne faudrait pas oublier que définir une ligne éditoriale suppose des visiteurs très fidèles, ce qui est rarement le cas sur les sites de marques.
Au fond, s’il doit exister une ligne éditoriale, celle-ci a plus de sens sur les outils d’acquisition comme les réseaux sociaux ou les newsletters que sur les sites web.

Quand votre boss vous demande de mettre cette news en page d’accueil, expliquez-lui qu’en soi cela ne sert pas à grand chose, car entre les visiteurs qui ne passent pas par la page d’accueil, ceux qui sont fidèles mais qui ne viendront pas sur votre site pendant la durée d’affichage de la news et ceux qui passent par la page d’accueil à ce moment-là mais ne la liront pas car ils ne sont pas venu sur le site pour lire cette news, l’audience de la news est plus déterminée par la façon (titre, accroche visuelle et rédactionnelle, timing) dont elle est partagé sur les outils d’acquisition (réseaux sociaux, newsletter) que par sa présence sur la page d’accueil.
Quand votre boss arrive dans votre bureau en disant « faudrait pas changer la home là ? ça fait 3 mois que je la vois, ça fait pas dynamique pour nos visiteurs », expliquez-lui -calmement- que le visiteur moyen voit certes la même page d’accueil, mais pas à la même fréquence !

Sortir d’une vision auto-centrée, pour une vision utilisateur

Sortir d’une visions auto-centrée des sites web, c’est aussi garder en tête cette différence de temporalité.

Si vous êtes d’humeur, dites aussi à votre boss que les news de votre carrousel (ou slider) de la homepage ne sont jamais cliquées, et que personne n’utilise les flux RSS.
Constater l’inefficacité de certains contenus et outils, c’est être en mesure d’arbitrer en délaissant les contenus et outils les moins efficaces. Mais notre époque a tellement peur du vide…
Dans nos métiers où l’économie de l’attention est la clé, supprimer des contenus ou des outils, c’est mettre en valeur « ceux qui restent ».

Dans ce changement, c’est -encore et toujours- le contenu et l’utilisateur qui sont au centre ; l’enjeu étant de livrer le contenu adapté au contexte et à la cible, permis par l’identification des flux, mais aussi par la meilleure utilisation des analytics (ce qui nécessite une prise de recul et un regard critique sur ceux-ci, j’y reviendrait dans un prochain billet).
En d’autre termes, ce qui compte, ce n’est pas d’être présent sur tel ou tel support (car tout le monde peut le faire), c’est de s’insérer dans des dynamiques et des flux existants.

Au final, il s’agit sans doute de faire leur deuil de certaines représentations : nous ne sommes plus des architectes qui construisent des sites comme des maisons, tout comme nos sites ne sont pas à proprement parler des médias.
Au final, nous sommes peut-être des ingénieurs, qui identifient des flux et essayent de les canaliser dans des tunnels de conversion et des chemins.
C’est sans doute moins glamour et plus technique, mais peut-être aussi plus intéressant.

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LinkedIn se lance dans l’orientation des étudiants et le classement des universités avec « LinkedIn for Education »

« Quel est le métier de vos rêves ? Trouvez l’école parfaite pour l’obtenir. »
Telle est la promesse du nouveau service de LinkedIn : le « Decision Board », lancé en octobre 2014.
S’intégrant en fait dans le programme plus global « LinkedIn for Education », ce nouvel outil révèle l’intention de LinkedIn de devenir un acteur-clé dans le domaine de l’éducation et notamment de l’enseignement supérieur.
Avec LinkedIn, on pouvait déjà entretenir ou développer son réseau et trouver un job.
Aujourd’hui, on peut aussi trouver une école ou une université.
En se développant sur ce nouveau marché, LinkedIn compte séduire les plus jeunes (lycéens, étudiants), encore peu présents sur la plateforme (notamment dans une démarche de recherche d’école), et se positionner comme un partenaire privilégié d’un parcours professionnel, du choix d’études à la mobilité professionnelle tout au long d’une carrière.
Revue de détail.

Présentation de LinkedIn for Education

Accueil Études supérieures   LinkedIn
– Un classement des universités (ranking), en fonction de grands domaines d’activités (actuellement au nombre de 8 : comptables, professionnels des médias,…) pour les USA, le Canada et la Grande-Bretagne. Le top 3 des universités pour chaque domaine est affiché en page d’accueil. Il s’agit ici d’un classement brut, avec peu de possibilités de filtrage, donc peu personnalisable par l’utilisateur. Le déploiement de ce classement dans d’autres pays dont la France est prévu, mais le calendrier n’est pas connu à ce jour.
– University finder : en sélectionnant trois critères (domaine d’études, entreprise dans lequel on souhaite travailler, lieu géographique), LinkedIn nous livre le top des « écoles populaires », triées par ordre décroissant.
Point important : le top est limité aux 30 premières écoles / universités qui répondent aux critères sélectionnés.
– Chercher un domaine d’études : il s’agit ici d’une fonctionnalité sociale qui permet de trouver des personnes qui ont le parcours recherché par le candidat à une école ou une université (Lieu, entreprise et universités d’études).
– Le « decision board »  (ou « page de sélection » en français).
Page de sélection   LinkedIn
Plutôt complexe à appréhender, c’est le coeur du nouveau dispositif, qui permet aux lycéens / étudiants de choisir leur école ou université : en sélectionnant un domaine d’études ou une école / université, l’utilisateur peut voir les autres personnes qui s’intéressent aussi à ces critères ou les anciens (et éventuellement entrer en contact avec eux), ajouter cette sélection à son profil ou le partager à ses contacts, participer à une discussion sur l’école ou le domaine sélectionné avec les autres personnes intéressées.
Pour la sélection d’université, LinkedIn va même jusqu’à donner la possibilité à l’utilisateur de sélectionner l’avancement de sa candidature (« Intéressé », « candidature envoyée », « accepté(e) », « y va »).
Le Decision board peut être privé, mais l’utilisateur peut également faire le choix de partager sa page de sélection.

Les pages écoles, coeur du dispositif

 Université Lumière  Lyon II    LinkedIn
Ces 4 fonctionnalités s’articulent en fait autour des pages écoles. Après avoir généré ces pages à la volée à partie d’août 2013, LinkedIn a ensuite abonné (depuis le début de l’année 2014) par défaut les personnes qui avait renseigné dans leur profil leur(s) université/ école, de telle sorte que les pages écoles possèdent peu de temps après leur lancement une moyenne d’abonnés assez importante.
A noter qu’il existe une distinction entre le fait d’être un ancien et le fait d’être un abonné : une personne peut être un ancien d’une école et peut se désabonner de son flux d’information ; de la même manière une personne qui n’a pas étudié dans une école peut s’y abonner.
C’est ainsi que certaines pages écoles possèdent moins d’abonnés que d’anciens, le delta étant sans doute généré par les personnes s’étant désabonnées de la page école, alors que les écoles et universités à forte notoriété possèdent plus d’abonnés que d’anciens.
Les pages écoles se composent de quatre onglets :
– Une page d’accueil, avec les top domaines et entreprises dans lesquels travaillent les anciens, des informations de contact et un champ de publication : n’importe quel utilisateur peut publier sur cette partie (même un non ancien)
– Personnalités : si l’établissement n’a pas revendiqué sa page école, l’algorithme de LinkedIn identifie des anciens ayant des profils intéressants (CEO, CTO, CFO…). Si l’école ou l’université gère la page, elle peut choisir les anciens à mettre en avant dans cette rubrique, dans une limite de 50 anciens.
– Étudiants et anciens élèves : annuaire des anciens, avec une recherche full text et un tri possible par année d’études
– Recommandation des anciens (il faut certifier avoir étudié dans l’école pour pouvoir faire une recommandation).
Le gestionnaire de la page (il faut au préalable revendiquer la page à partir d’un profil ayant un mail identique au domaine de l’établissement) peut publier des informations aux abonnés de la page.
Fonctionnalité intéressante : il est possible de segmenter les abonnés en créant une cible personnalisée (filtrage géographique, par secteur, par entreprise, par ancienneté, poste, études et formations, langue)
A noter que la page ne peut pas adresser des messages en filtrant les personnes ayant ajouté la page à son décision board.

La recette savante du ranking

Si le decision board met en retrait le classement des universités, l’ensemble du dispositif est tout de même basé sur ce ranking, lui-même basé sur les carrières des anciens, ou du moins ce qu’ils ont saisi dans leur profil LinkedIn.
Plus précisément, LinkedIn va classer les universités et écoles par domaines en fonction des diplômés qui travaillent dans ce même domaine (données limitées aux anciens ayant obtenu leur diplôme depuis 8 ans ou moins) : c’est ce que LinkedIn identifie comme « diplômés pertinents ».
Ensuite, LinkedIn évalue la « désirabilité des entreprises », avec un algorithme qui identifie d’une part l’attractivité des entreprises (si des salariés d’une entreprise A sont ensuite recrutées par une entreprise B, cette dernière entreprise sera plus « désirable » que l’entreprise A) et d’autre part la capacité des entreprises à retenir leurs salariés (critère de durée de l’emploi). Le classement des universités et écoles par domaine est donc calculé en fonction du pourcentage des « diplômés pertinents » ayant obtenu un emploi dans une « entreprise désirable ».
En théorie, cet algorithme semble donc favoriser les écoles et universités spécialisées au détriment des établissements très interdisciplinaires.
Il est également probable, bien que je n’ai pas eu de confirmation, que le nombre de recommandations et de création de decision board intégrant une école rentrent en compte dans le ranking.

Le decision board est-il un outil pertinent pour les étudiants ?

Évidemment, la première question que l’on se pose après le lancement du service est de savoir si les lycéens et étudiants vont utiliser cet outil.
Mais au delà de la communication, cet outil est-il adapté aux lycéens ou étudiants en recherche d’une formation dans le supérieur ?
Coupons court au fantasme du nouvel outil qui ringardise et relègue les anciennes pratiques aux oubliettes.
LinkedIn for education ne fera pas disparaître les conseillers d’orientation, pas plus que les cours en ligne ne tueront les universités ou l’enseignement présentiel : le nouveau service de LinkedIn est simplement un outil qui vient s’ajouter aux autres, et ne remplacera ni les conseils personnalisés d’un professionnel (conseiller d’orientation), ni les discussions et échanges avec des amis ou des proches, ni les portes ouvertes ou salons et tout les éléments qui rentrent en compte dans le choix d’une formation.
Pour autant, LinkedIn rentre en concurrence frontale avec les classements académiques des écoles et universités.
Et sur ce terrain,  LinkedIn a clairement un avantage concurrentiel : les données.
Car le corpus de LinkedIn for education est gigantesque : 300 millions de comptes, mis à jour…par les utilisateurs eux-mêmes.
LinkedIn possède plus de données sur les anciens d’une université qu’elle-même n’aura jamais.

Un « ranking-killer » ?

Il paraît évident que, pour un étudiant, un classement qui prend en compte ce que sont réellement devenus -professionnellement- les anciens d’une école ou université à partir d’une base de données gigantesque apparaît beaucoup plus intéressant et pertinent que des classements académiques prenant en compte des indicateurs quantitatifs finalement très éloignés de ses préoccupations.
En quoi le nombre de publications dans Nature ou Sciences, de médailles fiels ou de prix nobels peut aider un étudiant à trouver une université adaptée à son projet professionnel ?
Les classements académiques, qui prennent en compte essentiellement des critères quantitatifs, utilisent des données déclarées par l’école (salaire moyen, temps d’accès au premier emploi) ou des critères de performances souvent basés sur la quantité de publications scientifiques.
Si le classement de LinkedIn reste du quantitatif, il n’en reste pas moins que les données sur le devenir professionnel des anciens apparaissent très pertinentes, et qu’elles sont de plus saisies par les anciens eux-mêmes.
On retrouve aussi toutes les spécificités du web 2.0, dans lequel on choisit et sélectionne selon les avis de ses pairs.
Sauf qu’il ne s’agit pas ici d’avis, avec une part de subjectivité, mais d’une réalité professionnelle.
L’autre atout, lié également aux données dont LinkedIn dispose, est la capacité de l’outil à connecter l’étudiant qui cherche une formation avec d’autres étudiants intéressés, des étudiants actuels de cette université, des anciens, et même l’établissement en question.

On imagine  aisément que les discussions sur les espaces publics (recommandations sur les pages écoles, commentaires sur les pages de sélection) seront engagées sans doute de manière plus « civilisée » et « inhibée » que sur les forums, les utilisateurs s’exprimant avec leur identité professionnelle, et de plus sous le regard de l’école.
Tout intéressant qu’il soit, le ranking de LinkedIn n’a pourtant rien d’universel, puisque quantitatif et essentiellement basé sur la carrière professionnelle des jeunes diplômés, en partant du principe que rester longtemps dans un poste est un signe de réussite professionnelle, ce qui est, comme n’importe quel critère, discutable .
Le decision board n’est donc pas le nouveau conseiller d’orientation, il est tout simplement un outil qui semble être pertinent si l’on considère le devenir professionnel des étudiants.
Un outil de notre temps, ou les algorithmes, les classements et la recommandation constituent des aides à la décision, dans une époque ou le rationnel importe plus que l’affectif et ou ce qui peut être compté compte parfois plus que ce que nous sommes.

Quels enjeux pour les universités et écoles ?

Dans l’enseignement supérieur, on avait habitude d’entendre dire « LinkedIn c’est pour les anciens ».
Changement de paradigme : LinkedIn, c’est désormais aussi pour les futurs étudiants et le recrutement.
En terme de gestion d’espaces, les pages écoles viennent s’ajouter aux groupes, utilisés pour faire vivre les communautés d’anciens, et les pages entreprises, destinées à une communication pus corporate et recrutement.
Avec les pages écoles, les community managers de l’enseignement supérieur reçoivent donc un troisième espace à animer sur la plateforme LinkedIn, avec toutes les conséquences que cela implique en terme de positionnement éditorial et de temps d’animation.
Si les groupes LinkedIn constituent dans un certaine mesure une concurrence avec les plateformes d’anciens développées par les universités, il n’en reste pas moins que si ces dernières ont énormément de mal à trouver leur place (à part quelques cas exceptionnels), cela est sans doute plus du à des problèmes endogènes (manque de clarté dans les objectifs initiaux) ou exogènes (il est extrêmement difficile de faire s’inscrire et surtout de faire revenir des membres d’une communauté sur un outil dédié si le service rendu n’est pas optimal) , qu’à la présence des groupes LinkedIn.
Les pages écoles ne semblent pour l’heure pas rentrer véritablement en concurrence avec les sites web des universités et écoles, mais plutôt s’ajouter à ses côtés au parcours typique des lycéens et étudiants en recherche de formation, à la fois en tant qu’outil d’acquisition (à l’instar des sites web via le SEO, Admission Post-Bac, les forums, les salons ou la recommandation sociale) et en tant qu’outil de décision (à l’instar des sites web, des portes ouvertes et de la recommandation sociale).

Rent, Own, See ?

Pour reprendre la distinction d’Avinash Kaushik (qui sépare les outils de la communication digitale selon si la marque est propriétaire du support, comme pour le site web, ou locataire, comme pour les pages et espaces des marques sur les réseaux sociaux), les écoles et universités sont évidemment locataires (rent) de cet espace, ce qui signifie qu’elles sont dépendantes des conditions générales de la plateforme LinkedIn, des changements et évolutions du service.
Mais cela n’est pas forcément un problème en soi, à condition toutefois que LinkedIn implique les établissements d’enseignement supérieur (et pas seulement US) dans sa réflexion.
Mon point de vue sur ce sujet est qu’il est parfois plus intéressant d’être locataire dans une maison dans laquelle on peut rencontrer beaucoup de monde (et toucher ses cibles), que propriétaire dans une maison ou l’on est…seul.
Certes, on ne peux pas refaire les sols dans une maison en location, mais est-ce le plus important ?
Il est clair cependant que dans cette tendance d’utiliser des outils « rent« , les marques et les établissements d’enseignement supérieur ne possèdent pas plus les données de leurs cibles (prospects, clients pour les entreprises, futurs-étudiants et anciens pour les universités) qu’elle ne les louent.
Autrement dit, sur les données, ce n’est plus du own, ni du du rent, mais du…see, un modèle dans lequel la marque, l’université ou école n’a que peu de marge de manœuvre sur les espaces qui portent son nom sur les plateformes de réseaux sociaux, exceptée celle de toucher ses cibles par les outils de publications des pages (segmentée dans le cas des pages écoles de LinkedIn). .
Changement d’époque, changement de paradigme…

Quelles bonnes pratiques pour les écoles et universités sur LinkedIn for Education ?

Même si la marge de manœuvre est limitée, les universités et écoles ont tout intérêt à se préoccuper sérieusement de ce nouvel outil ; voici quelques bonnes pratiques à mettre en œuvre :
Les actions permettant d’améliorer le classement de son université :
– Faire en sorte que les étudiants actuels et anciens créent un profil LinkedIn (beaucoup de personnes n’ont pas de profils LinkedIn, surtout en France ou les plus de 40 ans sont très présents sur Viadéo) et renseignent dans leur profil son école / université. Cela permettra d’augmenter le nombre d’anciens sur sa page école, et donc potentiellement améliorer son classement. Cela peut se concrétiser par des ateliers, ce qui est évidemment intéressant pour l’étudiant ou l’ancien (car il peut améliorer ainsi sa présence et son activité sur LinkedIn) et pour l’université (car elle se place dans une perspective pédagogique sur les réseaux sociaux et que cela peut améliorer sa présence sur LinkedIn).
Les actions qui peuvent améliorer l’attractivité et l’image (et peut-être le ranking) : 
– Encourager les recommandations des anciens sur les pages écoles, même si celles-ci ne sont peut-être pas prises en compte par le classement, elles sont sans doute un élément de décision pour les futurs étudiants.
– Encourager les étudiants intéressés par une formation à créer un decision board, ce qui peut augmenter le nombre de personnes intéressées, et donc valoriser l’université. Cela peut se concrétiser par des plugins sur les pages formations des sites web
Attention, encourager ne veut pas dire forcer à la main, le but est simplement de faire savoir aux étudiants la possibilité de ces actions et leur utilité pour eux mais aussi pour leur université.
Les actions de communication et de veille : 
– Bien distinguer et segmenter le positionnement éditorial des trois espaces sur LinkedIn (groupes, pages entreprises et pages écoles) pour délivrer des messages adaptés aux cibles.
– Créer des cibles personnalisées sur sa page école afin de segmenter les messages par cibles (A noter toutefois qu’il n’est pas possible de toucher les personnes qui ont ajouté notre école au decision board, ce qui aurait été fort intéressant)
– Mettre en place une veille sur les positionnements de son école dans les différents classements 
– Mettre en place une veille sur les échanges visibles autour de sa page école (recommandations, commentaires et partages sur les decision board…)

Et après ?

Les questions restent nombreuses quelques temps après le lancement de ce nouveau service :
Doit-on craindre une LinkedIn-dépendance pour les établissements d’enseignement supérieur ?
Il est encore trop tôt pour le dire. Si d’autres fonctionnalités vont certainement se déployer progressivement, LinkedIn ne va certainement pas aller jusqu’à détailler les programmes de formations et proposer l’inscription via LinkedIn.
LinkedIn va t-il offrir aux écoles la possibilité d’engager des actions auprès des étudiants ayant ajouté son école au decision board ?
Cela serait une nouvelle donne tout à fait intéressante dans le recrutement étudiant.
 
Le classement de LinkedIn : prime aux grandes écoles ou revanche des petits établissements  ?
Même si le classement est fonction d’un pourcentage, ce qui devrait favoriser les écoles spécialisées et ne pas défavoriser les petites écoles, les grands établissements arrivent très souvent dans les top positions lorsqu’on teste le decision board.
Mais une chose est sûre : il est beaucoup trop tôt pour s’en faire une idée définitive !

Et vous, que pensez-vous de cette nouveau service ?
Si vous êtes étudiant, comptez-vous utiliser le decision board ?
Si vous travaillez dans l’enseignement supérieur, quel est votre point de vue ? Avez-vous identifié des enjeux – bonnes pratiques ?

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Wikipédia à l’université : quand les étudiants deviennent contributeurs

Certains enseignants disent que « les étudiants utilisent trop wikipédia » ; mais si on cherchait plutôt à faire en sorte qu’ils l’utilisent mieux ?
Et pour apprendre à mieux l’utiliser, quoi de mieux qu’apprendre aux étudiants à devenir contributeurs ?
Tel est le pari initié cette année par la licence de lettres modernes de l’Université Catholique de Lyon, en partenariat avec le Musée des beaux-arts de Lyon et Wikimédia France.
Objectif : faire que les étudiants en première année de licence lettres modernes écrivent les articles de 22 œuvres sélectionnées conjointement avec le musée.
Au menu : beaucoup de peintures (Jordaens, Delacroix, Janmot…), un peu de sculpture et une pincée de céramique.
Retour d’expérience.

 

Du temps…et des encadrants

Premier point qui m’a semblé essentiel : il a fallu du temps, et un certain nombre d’acteurs pour mener à bien ce projet.
Du temps d’abord pour organiser le projet, car entre les premières réunions avec les responsables du musée et la mise en ligne des articles la semaine dernière, il s’est écoulé un an et demi.
Du temps également pour les étudiants, afin qu’ils puissent mener à bien les différentes étapes du projet :
– faire les recherches bibliographiques au Musée (et au dehors)
– rédiger un dossier sur l’oeuvre
– apprendre l’utilisation de wikipédia (3h de TD) et intégrer la synthèse de leur dossier sur les brouillons wikipédia (3h de TD + travail « à la maison »).
Ici, le fait de travailler en amont sur le fond (dossier) avant de commencer à travailler sur wikipédia est à mon avis essentiel.
Toutes ces phases étaient encadrées par différents acteurs : conservateurs du musée et un enseignant en histoire de l’art pour la recherche bibliographique et la validation du contenu, wikipédiens, webmaster du musée et moi-même pour l’intégration du contenu (textes et photos) sur wikipédia.
Il faut aussi souligner que les étudiants ont été évalués sur leur dossier et sur leur article wikipédia (deux notes indépendantes).
À l’heure où les « dispositifs éclairs » de médiation culturelle sont à la mode (Muséomix), cette expérience montre qu’il faut parfois du temps pour aboutir à des réalisations satisfaisantes.

 

Apprendre wikipédia : style et syntaxe

J’ai donc pris en charge les étudiants à un stade où ils avaient déjà rédigé leur dossier, références bibliographiques y compris.
Après une présentation de wikipédia (1 heure), les étudiants ont très rapidement débuté la contribution via notre page projet, après s’être crée un compte (un compte par étudiant).
Sur le style, il a fallu orienter les étudiants afin qu’ils adoptent un ton factuel, non littéraire (ce qui peut être difficile pour des étudiants en lettres modernes) et non scolaire (éviter les tournures comme « Nous avons choisi ce sujet car… »)
Sur la syntaxe, cela fut un peu plus long car elle nécessite un apprentissage : certains étudiants ont trouvé cette syntaxe complexe, d’autres non ; nous avions eu la chance, grâce aux wikipédiens locaux, d’avoir à disposition le guide de contribution en version papier, support qui a bien aidé les étudiants.

En fournissant une sélection de ressources clés, j’ai insisté sur une démarche empirique, en leur recommandant de regarder le code des autres articles d’œuvres et en s’exerçant.
Les étudiants ont ainsi rapidement compris le fonctionnement des sections, liens internes, infobox et portails, ce fut plus difficile pour les citations.
Les photos des œuvres ont été upoladées par Stéphane Degroisse, webmestre et chargé des nouveaux médias, et les wikipédiens, notamment pour des raisons de droit d’auteur.

 

La syntaxe wikipédia, frein ou exhausteur de motivation ?

Par choix pédagogique mais également parce que l’éditeur WYSIWYG (bouton « modifier ») n’était pas encore activé sur les pages projets que nous utilisions, les étudiants ont contribué avec l’éditeur source (bouton « modifier le code »), ce qui supposait l’apprentissage de la fameuse syntaxe wikipédia.
Même si ce mode de contribution peut être un frein pour des contributeurs occasionnels, car cela nécessite un savoir-faire supplémentaire à acquérir, j’ai au contraire trouvé intéressant de faire apprendre aux étudiants les rudiments de cette syntaxe.
D’abord dans le but d’apprendre un nouveau langage, mais aussi pour des raisons de motivation : les développeurs et intégrateurs le savent bien : il y a un aspect tout à fait grisant à travailler sur une interface que seul le créateur voit et connaît puis, d’un seul coup, voir le résultat que le public verra. Ce passage de l’atelier à la scène (ou à la salle d’exposition), de la maquette à l’objet est sans doute une source motivationnelle supplémentaire.

 

Chercher le sens, et non l’erreur

Certaines personnes font parfois remarquer qu’il y a des fautes dans certains articles wikipédia.
Mais plutôt que de dénoncer les erreurs (il y a sans doute un part de snobisme à dire que l’on trouve des fautes sur un support devenu une référence), et si on les corrigeait ?
Il est sans doute nécessaire aussi de relativiser l’importance des erreurs : à l’heure du fact-checking et de l’omniprésence (qui devient croyance ?) de la « data », on oublie souvent que le sens est parfois plus important que des données.

J’avais particulièrement apprécié la remarque de Rémi Mathis, président de Wikimédia France, à ce sujet, dans une interview accordée à Lyoncapitale (1)  :

« Une erreur ne veut tout simplement rien dire. Dans les articles de sciences humaines ou historiques, vous pouvez avoir des sujets qui sont complètement nuls et n’avoir aucune erreur factuelle. Alors que des articles qui posent les bons enjeux, mais qui vous disent que tel événement s’est passé en 1611 et non pas en 1612, c’est une erreur, mais on s’en fiche. Ce qui est important, c’est le déroulé, le sens.
Cette idée s’est confirmée dans ce projet : c’est l’analyse d’une oeuvre, la description de son contexte de création et la qualité des sources qui font la qualité d’un article ; les coquilles, erreurs d’orthographe n’altéreront pas le sens de l’article et seront d’ailleurs rapidement corrigés par un(e) wikipédien(ne).

 

Évaluer le contenu plutôt que l’auteur

En parlant avec lui de notre projet, un enseignant me demandait si les articles publiés porteraient la mention qu’ils ont été crées dans un cadre universitaire.
Une question qui soulève un point central du fonctionnement de l’encyclopédie collaborative : contrairement aux encyclopédies traditionnelles et aux publications universitaires dans lesquelles l’auteur ou le support font la crédibilité du contenu, c’est au contraire la somme des contributions qui fait la qualité d’un article sur wikipédia.
Je trouve très intéressant d’apprendre aux étudiants que la crédibilité d’un contenu n’existe pas par défaut et qu’elle n’est pas binaire (l’idée qu’il y a des experts et des amateurs, de bons auteurs et de mauvais, des supports de références et des médiocres) mais qu’elle est plus subtile (un expert peut rédiger de bons et de mauvais articles, sur un même support peuvent co-exister des contenus plus ou moins qualitatifs, un même article peut avoir des contenus de qualité variables) et que l’enjeu (sur wikipédia mais comme sur toute ressource qu’elle soit en ligne ou non, participative ou non) est bien d’acquérir la capacité à évaluer, pour chaque contenu, sa qualité.
Sur wikipédia, l’historique des contributions d’un article, sa bibliographie et ses sources constituent des indicateurs intéressants.

 

L’étudiant contributeur : médiateur, chercheur ?

Les travaux d’étudiants ne sont généralement lus que par une seule personne : l’enseignant correcteur. Dans cette expérience, leurs travaux seront lus par un très grand nombre de personnes, et certainement sur une longue période.
Cette responsabilité, permise par l’audience de wikipédia, est évidemment une source de motivation essentielle pour les étudiants (la « perception de valeur » décrite par Rolland Viau (2) ).
Pour autant, elle n’est pas non plus anxiogène et bloquante pour les étudiants comme pour les encadrants, car les articles sont modifiables à tout moment.
En faisant sortir le travail de l’étudiant du cadre du cours et du périmètre de l’université, l’étudiant devient un agent de médiation (culturelle, dans ce projet), avec peut-être également une posture de chercheur,  puisque l’étudiant a créé et publié de la connaissance, même si celle-ci est souvent la synthèse d’autres publications.
 

Contribuer à wikipédia : un don de soi ?

La dimension du don est donc également présente dans l’action de publier son travail sur wikipédia, puisque l’ensemble de son contenu est sous licence libre.
Cette notion de désappropriation du travail effectué est à mon avis très intéressante.
La notion de partage, si souvent galvaudée sur les réseaux sociaux, prend ici tout son sens.
J’ai d’ailleurs remarqué que tous les acteurs du projet se remerciaient à l’issue d’une rencontre : étudiants, wikipédiens, enseignants, conservateurs, webmestres…
Remercier l’autre est toujours un bon signe : cela signifie qu’on pense qu’il nous a aidé, qu’il nous a apporté.
Quand tout le monde se remercie, cela signifie sans doute que chaque acteur du projet a le sentiment d’avoir reçu quelque-chose.
J’en profite donc une nouvelle fois pour remercier tous les acteurs de ce beau projet.

Voir la page du projet:

Références  :

(1) Lyon capitale, Wikipédia n’est pas un encyclopédie, Interview de Remi Mathis, Président de Wikimedia France – 1er juin 2013
(2) Conférence de Rolland Viau sur le motivation en octobre 2013 à l’université Catholique de Lyon.

Ressources  :

Wikimedia blog, Why the student learning aspect matters in the Wikipedia Education Program, Jami Mathewson   – 10 septembre 2012
Prendre la parole sur wikipédia – Le Grand Bain – France inter – samedi 13 octobre 2012
Lyon Capitale, Wikipédia, projet inspiré par une philosophie ultralibérale, Fabien Trécourt – 17 juin 2013

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Classé dans Écriture web, Enseignement, tice

Quels comportements éthiques sur les réseaux sociaux ? Publication du guide éthique des réseaux sociaux de l’UDESCA

Comment prendre en considération l’autre, les biens communs mais aussi soi-même sur le web et les réseaux sociaux ?

Le guide éthique des réseaux sociaux édité par l’UDESCA (Union des Établissements d’Enseignement Supérieur Catholique) et sur lequel j’ai eu le plaisir de travailler propose de répondre à ces questions grâce à des propositions de réflexions et de conseils pratiques.

Depuis quelques années, beaucoup d’entreprises, d’écoles ou d’universités ont édité des chartes réseaux sociaux qui réglementent les usages, plutôt de manière limitative et coercitive.
Voir ma présentation à ce sujet lors de la conférence Educpros de 2012.

Mais quelle est leur portée, leur efficacité, à la fois vis-à-vis des conditions générales d’utilisation des plates-formes mais aussi des lois ?
Et surtout, quid de leur légitimité ? Une entreprise ou une université peut-elle réglementer des relations et des échanges personnels ?

En proposant ce guide, nous avons voulu penser différemment en ne cherchant pas à réglementer, mais plutôt à former et accompagner nos publics, ce qui a évidemment du sens lorsqu’on est une université.

Le guide pose des questions et propose des réflexions et conseils pratiques sur plusieurs axes :

  • Le rapport à soi
  • Le rapport aux autres
  • Le rapport au temps
  • Le rapport à l’information
  • Le rapport à la technique
  • Le rapport à l’apprentissage

L’objectif de ce guide (et c’est là toute la difficulté de l’exercice car il s’agit de se tenir sur une ligne de crête) est de susciter une réflexion sur nos usages et de proposer des pistes pratiques, sans pour autant avoir une posture dogmatique et moralisatrice.

Quelles postures éthiques peut-on adopter sur les réseaux sociaux ?

Voici quelques exemples abordés dans ce guide :

Sur le rapport aux autres, il peut s’agir de tout simplement penser à l’autre quand je publie sur facebook, sur twitter ou sur un blog. Penser à celui qui pourrait être affecté ou blessé par le texte ou la photo que je vais publier (et ce n’est pas forcément celui ou celle qui est sur la photo ou qui est nommé(e) dans le post). Se demander « Comment va réagir l’autre ? », « Que va-t-il penser ? », et donc mobiliser l’empathie et l’humanité qui est en nous et se tourner vers l’autre, sur des outils qui nous poussent à se tourner vers soi-même et à nous admirer, nous évaluer et nous quantifier.
Toujours sur le rapport aux autres, mais cela concerne aussi le rapport à l’information et à l’apprentissage, c’est aussi (je pense que cela est très important sur des plateformes fonctionnant sur la modération à posteriori) savoir corriger une faute, rectifier un post, apporter un démenti, reconnaître une erreur, afin d’améliorer la qualité des contenus publiés mais aussi de mieux prendre en compte l’autre.

Sur le rapport à soi-même et au temps, cela peut être de se réserver des temps de déconnexion, des temps ou l’on se retire de la scène, un temps de la disparition et peut-être un temps du silence et de la réceptivité faisant suite (et non s’opposant à) des temps de connexion et d’émissivité.

Sur le rapport à la technique, cela peut s’incarner par le prise de distance avec des outils qui fonctionnent sur l’urgence et le « push« , nous faisant confondre urgence et information (Voir mon billet à ce sujet), en désactivant par exemple les notifications d’applications pour des contenus qui ne nécessitent pas une lecture immédiate.

Ce guide aborde évidemment davantage de réflexions, questions et conseils pratiques. Il s’agit d’une première version qui sera diffusée à la rentrée 2014-2015 à tous les étudiants, enseignants et personnels administratifs des 5 instituts et universités catholiques de France. Sa diffusion sera accompagnée d’ateliers de sensibilisation et d’échanges pour les différents publics.

Une publication du guide sous licence libre, afin que chaque établissement d’enseignement public ou privé puisse reprendre ce travail, est également envisagée.

Bonne lecture ;  n’hésitez pas à me donner en commentaire de ce billet vos remarques sur le contenu du guide,ce qui permettra de le faire évoluer.

Prendre soin des autres, du bien commun et  de soi-même sur les réseaux sociaux

« Le web 2.0 et les réseaux sociaux sont de formidables espaces d’expression.

Échanger avec d’autres personnes sur les réseaux sociaux, publier du contenu, partager un savoir, un état d’âme ou une réflexion constituent une ouverture sur les autres et sur le monde.
Mais la facilité et la rapidité avec laquelle nous pouvons publier du contenu ne doivent pas nous faire oublier notre responsabilité.

Nous pouvons aussi prendre le temps de nous interroger sur nos pratiques et les enjeux qu’elles soulèvent.Prendre en compte l’autre
, dans sa différence et dans sa liberté de participer ou pas aux échanges sur le web 2.0.
Prendre en considération les biens communs, en apportant du contenu qui permette une construction collective de l’information et de la connaissance.
Enfin prendre soin de soi-même, et essayer de prendre du recul sur nos pratiques, avec ses injonctions de participer, de s’affirmer et d’aller toujours plus vite mais aussi avec les modèles économiques et velléités politiques qui s’intégrent aux outils du web 2.0. »

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Classé dans Critique des réseaux sociaux, Enseignement, Réseaux sociaux

Cours magistral (apprendre à disparaître à l’ère de la technique)

Je fus frappé, lors d’une conférence sur les enjeux du numérique dans l’enseignement supérieur il y a quelques années, par le propos d’un intervenant qui venait de présenter tous ces fabuleux sites de partage de connaissances : Ted, Khan academy…
« Avec tous ces sites, il ne servira bientôt plus à rien de suivre des études supérieures dans une université », proclamait fièrement l’intervenant à la fin d’une présentation qui ressemblait plus à la lecture de la liste de favoris de son navigateur web qu’à un véritable exposé.
Frappé aussi de lire dans le « petite poucette » de Michel Serres : « l’accès au savoir est désormais ouvert. D’une certaine manière, il est toujours et partout déjà transmis ».
Comme si mettre à disposition un contenu suffisait à ce qu’il soit assimilé.
Comme ça, sans effort ni motivation, ni de la part de l’enseignant, ni de la part de l’apprenant.
Pourtant, mettre à disposition de la connaissance, que ce soit sur une plateforme ou lors d’un cours, ne signifie en rien que celle-ci soit comprise, assimilée, mémorisée et exploitée.

Ni Dieu, ni Maître, mais Moi

Ce mythe de la connaissance déjà assimilée par défaut (car disponible partout et tout le temps, ce qui est faux), entretenu par des discours idéalistes mais aussi commerciaux, destitue en quelque sorte l’enseignant comme Maître pour le reléguer au statut de simple intermédiaire, ou pire d’animateur, perdant son rôle de médiation et de transmission de la connaissance.
Puisque la connaissance est partout, puisque les étudiants vérifient en cours que ce que dit l’enseignant est vrai sur wikipédia (personnellement, je n’ai jamais observé cette pratique dans l’enseignement supérieur, et je doute qu’elle soit courante dans le secondaire. Par ailleurs, ce mythe pré-suppose la connaissance comme vérité, et donc vérifiable, ce qui est également critiquable ), il ne reste plus à l’enseignant qu’à ‘ »apprendre à apprendre », belle formule pour une activité bien difficile à appréhender.
Sans faire de bruit, le discours marketing du web 2.0 a franchi les portes des écoles et des universités : culte de l’action et du faire, affirmation de soi, individualisation des processus, auto-référence plutôt que la référence à un modèle ou un Maître….on retrouve tout cela dans les nouvelles méthodes d’enseignement.
A la célèbre phrase de Woody Allen, « Dieu est mort, Marx est mort et moi-même, je ne me sens pas très bien… » nous pourrions ajouter  « Les parents ont démissionné, les enseignants ont été destitués, et moi, au centre de tout et de moi, je me sens pas très bien ».
Notre époque n’aime pas les maîtres ; la référence à un modèle rappelant sans doute -à tort- le culte de la personne propre aux pouvoirs fascistes que nous avons combattu et que nous combattons toujours dans nos sociétés démocratiques et libérales.

Soyez actifs. Et surtout montrez-le.

Mais alors, puisque la transmission de la connaissance n’est plus nécessaire, puisque la connaissance est partout et que l’enseignant n’est plus Maître, que faire dans la salle de classe dé-sanctuarisée ?
Rassurez-vous, il y a des gens qui réfléchissent à ça. Il y a même des marchands qui vendent de très bons produits. Et en plus, c’est très photogénique.
Oui, car le problème avec la transmission de la connaissance, c’est qu’elle nécessite que les étudiants écoutent (ou s’ennuient).
Il faut que les étudiants passent d’une situation passive à une situation active, vous comprenez c’est bien mieux pour eux.
Sauf que…
Sauf qu’un étudiant qui écoute, ou qui s’ennuie pendant un cours magistral n’est pas passif.
L’écoute, l’ennui, l’imagination constituent une activité.
La seule différence avec d’autres réside dans le fait qu’elles sont intérieures.
Mais notre époque, n’aime pas ce qui n’est pas visible….

De la classe à la crèche : la régression par la technologie

Pour faire agir les étudiants (ou du moins pour rendre visible leur actions), offrons leurs des jouets, des tablettes et des objets interactifs.
Bref, occupons-les pendant le cours, puisque l’enseignant n’est plus le Maître.
Avec un impératif : qu’ils soient toujours dans l’action, dans le « faire », le « produire » et le « construire ». 
Ne surtout pas laisser de place au vide, ou du moins à ce qui ne serait pas visible, comme l’ennui, le rêve, l’introspection ou l’imagination.
Faire agir les élèves ou étudiants, ne pas les laisser passifs, les occuper… Ça ne vous rappelle rien ?
Allez, je vous aide.
Faites l’expérience de taper la requête « salle de classe de classe du futur » dans google, et vous découvrirez : des salles, des murs et des sièges colorés, des étudiants par petits groupes autour d’une table, idéalement avec un objet (un jouet ?) entre les mains, et un enseignant qui touche (qui s’amuse ?) un tableau numérique interactif.
Visiblement, la classe du futur ressemble à une crèche, où l’ipad remplace la pâte à modeler et où le toucher (le digital) prédomine sur le penser.

Le diagnostic tombe, la thérapeutique suit

Oui, mais vous comprenez, cette génération qu’on nomme Y est malade : paraît-il que ces jeunes sont hyperconnectés, multitâches et très distraits, hyperactifs, incapable de se concentrer plus de 25 minutes.
Le diagnostic est sans appel. Il faut donc bien trouver des traitements, des thérapeutiques, et les objets interactifs sont pour cela très prometteurs.
Avec la fâcheuse impression, à l’instar de l’industrie pharmaceutique moderne, que ce n’est pas la maladie qui fait le médicament, mais l’inverse.
Le diagnostic a cela de pratique qu’il fait la maladie, la maladie a cela de pratique qu’elle fait le médicament. Le médicament a cela de pratique qu’il fait s’enrichir ceux qui le produisent.
Oui, les jeunes que l’on classe dans la génération Y sont plus volatiles et plus distraits que leurs parents, mais c’est simplement parce qu’ils utilisent davantage les outils que leurs parents ont commencé à utiliser un peu plus tard.
Il n’y a qu’à observer, dans le monde professionnel, les réunions dans lesquelles les quadra ou quinquagénaires, avec les mêmes outils que la génération Y (smartphone et laptop) ont exactement les mêmes comportements.
Cela signifie qu’il ne s’agit pas de comportements générationnels, mais d’une modification de nos comportements par les outils que nous utilisons.
Toute le monde peut faire plusieurs choses en même temps, mais nous savons très bien, grâce notamment à la psychologie positive, que nous ne pouvons pas tirer bénéfice de ce comportement, que ce soit d’un point de vue psychologique (impossibilité de bien vivre le moment présent, et donc d’être heureux) ou utilitariste (très faible capacité à mémoriser et à capitaliser les connaissances lorsqu’on est peu concentré).

Et si le problème n’était pas la maladie, mais la thérapeutique ?

J’ai longtemps cru que les objets ne transformaient pas les hommes, puisque ce sont les hommes qui les façonnent.
Mais, sans adhérer à un déterminisme technologique, il faut parfois reconnaître que les outils que nous créons nous transforment.
Comment ne pas reconnaître qu’une notification d’un mail sur outlook alors que l’on est en train de travailler sur un autre sujet, ou qu’une notification d’une application sur notre smartphone alors que nous discutons avec des amis
nous poussent à être distrait et non concentré sur notre activité du moment ?
Paradoxalement, ces outils qui nous promettent de rester connectés nous déconnectent sans cesse du présent.
Prenons conscience que lorsque nous autorisons les fameuses notifications lors de l’installation d’une application sur notre iphone (malheureusement toujours en opt-out), nous donnons le pouvoir à cette application de nous déranger, de nous déconnecter de notre présent pour une information qui n’a souvent aucun degré d’urgence.
Cela n’est pas du tout anodin.
De la même manière, comment ne pas reconnaître que les compteurs de j’aime, de retweets et d’abonnés nous poussent au narcissisme, à la mesure et à l’affirmation de soi ?

De l’utilité (et de la difficulté) à nager à contre-courant

De la même façon, alors qu’on décrit cette génération Y comme distraite et incapable de se concentrer, pourquoi leur donner des outils qui renforcent ce type de comportements ?
Sans doute par facilité. »Puisque les jeunes sont comme ça, donnons-leur ce qu’ils aiment. « .
Comme des parents qui renoncent à punir leurs enfants par peur de n’être plus aimés, on fait croire aux enseignants qu’ils doivent renoncer aux cours magistraux et aux anciennes méthodes pédagogiques, sous peine de n’être plus écoutés, et peut-être de n’être plus aimés.
Mais ce modèle n’est-il pas le degré zéro de l’éducation ?
Lorsque j’enseigne, je suis personnellement autant perturbé par des étudiants qui bavardent en cours que par des étudiants silencieux mais que je vois s’égarer sur facebook.
Au lieu de flatter des comportements que nous pensons peu épanouissants, pourquoi au contraire ne pas aller à l’encontre de cela, et  imposer ce que nous pensons être bon ?
Quitte à ce que cela soit plus dur, pour les enseignants comme pour les étudiants. Aller à l’encontre des tendances, surtout quand elles sont attractives et supposées être « d’avenir »,  est toujours plus difficile que de nager à contre-courant.
Quitte à ce que les étudiants soient contraints (quel horrible mot) à parfois se taire, à écouter, à bavarder ou à s’ennuyer.
Bref, donner un cours magistral.

Cours magistral 

Regardons la définition de l’adjectif magistral :
* Qui est le fait d’un maître, qui atteste de la maîtrise ; remarquable :Œuvre magistrale.
* Qui évoque le comportement solennel, doctoral, supérieur du maître ; docte : Un ton magistral.
* Familier. Exceptionnel par sa force, son importance, son audace magnifique : Réussir un coup magistral.
Cette définition peut nous paraître aujourd’hui totalement dépassé et archaïque.
Et si elle était au contraire résolument moderne ?
Un Maître, un instant solennel, de l’audace, de la force…N’est-ce pas de tout cela dont les élèves et étudiants ont aujourd’hui besoin ?
Plutôt que leur donner des jouets interactifs et les faire sans cesse agir, n’ont-ils pas besoin d’écouter (ou de ne pas écouter) un Maître qui puisse transmettre et surtout donner ?
Sans que le Maître soit surpuissant, sans que sa pensée soit vérité, mais qu’elle soit simplement une voix que l’élève ou l’étudiant est libre d’écouter ou ne pas écouter, une voie que l’étudiant est libre de suivre ou de ne pas suivre.
« Choisis un Maître, peu importe lequel, et obéis longtemps » écrivit Friedrich Nietzsche (1). Il y a dans cette idée deux éléments importants : la référence (qui n’est pas forcément soumission) à quelque-chose ou quelqu’un qui est plus grand que soi (supérieur), mais aussi et surtout le fait -et la capacité- d’être libre de le choisir. 

Remettre les outils à leur place 

Arrêtons aussi d’envisager les processus d’apprentissage uniquement par le biais des outils.
Les TICE, Technologies de l’Information et de la Communication pour l’Enseignement, doivent n’être qu’une des boîtes à outils, parmi d’autres, de la pédagogie.
J’enseigne depuis 4 ans dans le supérieur avec twitter, google drive et d’autres outils numériques (contribution à wikipédia…), pendant et en dehors des cours. Avec un -tout petit- recul lié uniquement à ma modeste expérience, je constate que l’utilisation de tels outils peut être efficace à certains moments de la progression pédagogique et dans certains contextes et projets.
Au final, nous n’avons certainement pas assez de recul pour évaluer correctement la pertinence et l’efficacité de ces nouveaux outils dans l’enseignement.
Replacer les outils à leur place, c’est les utiliser dans un objectif et contexte bien particulier, avec mesure et subtilité. 
L’accessibilité de la connaissance sur internet est formidable et grisante. Mais elle n’est rien si l’apprenant n’est pas capable d’effort et de motivation.
Il est passionnant d’écouter les travaux de Rolland Viau sur la motivation des étudiants (2), qui nous rappelle que pour apprendre, il faut certes le pouvoir, en avoir l’opportunité (cela est possible par l’accès massif, quoique non universel, à la connaissance) mais aussi vouloir, ce qui constitue un mécanisme plus complexe et profond, mais sur lequel l’enseignant et l’étudiant ont un grand rôle et une responsabilité qu’il faut prendre en compte.
Par ailleurs, il ne faudrait pas oublier le bonheur et l’épanouissement que procure l’acquisition et la mémorisation de connaissances et de compétences, et je ne suis pas certain qu’apprendre à apprendre procure le même plaisir.
Car de plaisir, il en est aussi question dans l’enseignement : plaisir d’apprendre pour l’étudiant, plaisir de faire apprendre pour l’enseignement, comme le décrit Rolland Viau.

De l’éloge du silence et de l’art de disparaître

Dans cette société qui prône l’action, sa mesure et son évaluation (quantified self), l’affirmation de soi par la visibilité et où dis-paraître équivaut à mourir, il est sans doute d’intérêt public de reconsidérer le rôle de la discrétion et de la disparition.
Comme le décrit Pierre Zaoui, cultiver l’art de disparaître, non comme un dogme ou comme une posture permanente, mais comme une jeu d’ombres et de lumières, par une alternance entre la scène et les coulisses (3).
Cet équilibre subtil que l’on pourrait trouver également dans l’enseignement, entre l’activité et le faire-faire par des outils, les discussions et enrichissements par des classes inversées et l’écoute plus solennelle du cours magistral.
Réhabilitons le pouvoir, la volupté et la beauté de nos activités non visibles : l’écoute, l’imagination, l’introspection, la compréhension.
Réhabilitons, à l’ère de la technique, ce qui nous semble peu utile : le questionnement, le doute, l’ennui.
Réhabilitons ce qui ne se compte pas, ce qui ne se voit pas ; cette agitation intérieure qui n’a pour seule manifestation extérieure que le silence.
Disparaître.
Peut-être aussi comme une façon de nous laisser acquérir la liberté de nous choisir un Maître, qu’il soit un enseignant, un père, une mère, un Dieu, un philosophe, un entrepreneur, une voie ou une idée.
Pour nous rappeler que nous ne sommes pas au centre du monde, et que notre propre disparition, celle de la mort, n’est pas si grave.
Disparaître un temps derrière quelque-chose ou quelqu’un de plus grand et de plus puissant que nous.
Simplement comme une façon de se retirer parfois de la scène, de laisser parler les autres.
Disparaître un moment, sans faire de bruit…
Simplement comme une façon d’aimer…

Références  :

(1) Friedrich Nietzsche, Par delà le bien et le mal, 1886
(3) Pierre Zaoui, la discrétion ou l’art de disparaître, Paris, Autrement, 2013

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Digital labor ou digital volunteer ? Marx à l’heure du web 2.0

« Le web 2.0 est un formidable outil de démocratisation : désormais, chacun peut s’exprimer, prendre la parole et avoir une visibilité »
« Aujourd’hui avec 140 caractères, on peut faire une révolution »
« Sur internet, tout le monde est à égalité.
Si vous lancez un site, vous pouvez devenir plus gros que google » (1)

Ça, c’est pour la promesse.
Une promesse affichée et récitée en choeur par les acteurs du web 2.0, qu’ils soient experts, entrepreneurs, agences ou fournisseurs de services ; à tel point qu’elle en est devenue presque dogmatique : « le web 2.0 offre de formidables opportunités, sachez en profiter. Sinon tant pis pour vous »
La messe est dite.

L’obsession des bonnes pratiques

Et puisque la finalité est bénéfique et indiscutable, il ne reste plus qu’à étudier les usages, et notamment les « bonnes pratiques » permettant de tirer profit du web 2.0.
Les sites web, blogs et ouvrages regorgent de conseils, recommandations, livres-blancs et autres bonnes pratiques sur le bon usage de facebook, twitter ou des blogs, qu’il s’agisse de contextes personnels ou professionnels.

« Comment optimiser sa présence sur facebook ? »
« Comment améliorer son image sur internet ? »
« E-réputation : dix erreurs à éviter »

Ces conseils sonnent parfois comme de véritables injonctions, comme s’il n’y avait qu’une bonne manière de se comporter et d’utiliser ces supports.
Cette obsession du « comment faire » empêche toute démarche introspective sur nos usages et occulte pourtant deux questions essentielles : comment le web 2.0 est né, et quelle relation avons-nous avec les éditeurs de plateformes 2.0 ?

Origine du web 2.0 : plus proche de Wall Street que de la place Tahrir

Philippe Bouquillion et Jacob T. Mathews ont rappelé les enjeux économiques et surtout financiers de la naissance du web 2.0 (2) : Tim O’Reilly, expert et entrepreneur web américain, a envisagé ce concept en 2005 en décrivant les caractéristiques des entreprises internet qui avaient survécu à la bulle spéculative au début des années 2000. Tim O’Reilly observe que les sites et services ayant survécu à cette crise ont placé les utilisateurs et usagers au centre de leur services et de leur valorisation.
La création du Web 2.0 se place donc dans une problématique économique mais aussi essentiellement financière, car les acteurs financiers attendaient après l’éclatement de la bulle spéculative un nouveau cadre de confiance pour de nouveaux investissements et de nouveaux profits.

Le web est collaboratif depuis…1990 !

L’idée selon laquelle il est possible de prendre la parole et d’accéder à une visibilité seulement depuis le web 2.0 est également fausse. Le discours enchanté du web 2.0 nous fait oublier que depuis le début du web au début des années 1990, créer un site et le publier sur le web est possible, pour peu de disposer de quelques connaissances techniques et bien évidemment d’un accès à internet.

Il faudrait aussi rappeler que Tim Berners Lee, « inventeur » du web et Président du W3C, a envisagé en 1990 le premier navigateur web « worldwideweb » (renommé ensuite « nexus ») comme un navigateur ayant une fonction d’éditeur, permettant aux utilisateurs de lire mais aussi de modifier des pages web (3).
Le fondateur du web, bien avant le web 2.0, imaginait déjà le web comme collaboratif.

Le web 2.0 a simplement apporté deux éléments nouveaux : la facilité accrue de publier du contenu en s’affranchissant de contraintes techniques du web 1.0 (créer un site, le publier sur un serveur, actions qui mobilisent des connaissances techniques diverses), et le déplacement de la localisation des contenus, passant de sites crées par l’utilisateur à des grandes plateformes agrégeant des contenus et des espaces.
Ce déplacement des contenus est capital dans le web 2.0, car toute la promesse du web 2.0 repose sur la puissance, en terme d’audience, de ces grandes plateformes, en comparaison avec des sites web « isolés », même si reliés par les liens hypertextes.
Le mélange, parfois sur une même page web, entre les contenus « professionnels » des éditeurs des plateformes (par exemple les articles rédigés par les journalistes,…) et les contenus publiés par les utilisateurs (par exemple les commentaires sur ce même article) offre certes une visibilité accrue des publications des utilisateurs.

Mais ce mélange crée aussi une confusion entretenue par les éditeurs et les « vendeurs du web 2.0 », qui consiste à faire croire que l’utilisateur bénéfice de facto de la visibilité de l’ensemble de la plateforme qui héberge son contenu.

« Pourquoi aller sur facebook ? Et bien tout simplement parce qu’il y a 1 milliard d’utilisateurs, autant d’audience à conquérir ».
Vous avez déjà certainement entendu ou lu maintes et maintes fois ce type de propos, entretenant la confusion entre ce qui est vu et ce qui est visible. Lire mon billet à ce sujet sur la réalité du vu et la virtualité du visible.

Voilà pour l’histoire. Et le présent alors ?
Les plateformes 2.0 hébergent et diffusent nos contenus. Mais il y existe une interaction plus complexe que la seule relation créateur / hébergeur de contenu. Quel statut, quelle relation avons-vous avec ces plateformes ?

Des travailleurs exploités ?

Dans une récente édition de l’émission « place de la toile » sur France culture consacrée au « digital labor », était évoqué la question de savoir si les utilisateurs du web 2.0 étaient des travailleurs exploités (4), au sens marxiste du terme. Car, puisque les utilisateurs créent des contenus la plupart du temps sans rétribution financière et que les éditeurs de plateformes réalisent du profit sur ces contenus par la publicité, comment ne pas penser à Marx et au concept d’exploitation ?
Par ailleurs, tout comme le prolétaire, l’utilisateur du web 2.0 ne possède ni le capital, ni les moyens de production (les outils de publication, mais aussi les contenus qu’ils publient).
Chez Marx, l’exploitation réside dans la plus-value générée par le travail du salarié par le propriétaire du capital, dans le mesure ou la plus-value réalisée est disproportionnée par rapport au salaire du travailleur.
Dans cette logique, les utilisateurs du web 2.0 sont exploités, car ils n’ont en général que peu de bénéfices issus de leur publications, en tout cas financiers.
Mais le travail repose sur un contrat explicite établi entre deux parties. Or sur le web 2.0, ce contrat n’est pas explicite. Nous pourrions certes avancer qu’il existe sous une forme implicite avec les conditions générales d’utilisation des plateformes. Mais l’acceptation de celles-ci par les utilisateurs est souvent tacite et non-éclairée : quel utilisateur lie les CGU de manière exhaustive ?
Et puis, comme le souligne Antonio Casilli dans l’émission « place de la toile », les utilisateurs ne considèrent pas que leurs publications constituent un « travail ».
Sans doute devrait-on alors oublier le terme de « digital labor » ?
Même si l’on peut entrevoir une forme d’exploitation, nous ne sommes donc pas des travailleurs.

Web 2.0 et aliénation 

La question de l’aliénation, notion différente de celle d’exploitation chez Marx, peut également se poser si l’on se penche sur les usages des utilisateurs sur le web 2.0.

La perte de sens, la déshumanisation, le morcellement de l’individu propres à l’aliénation chez Marx se retrouve-t-elle dans nos usage du web 2.0 ?
Cette question est sans doute trop vaste pour pouvoir y répondre dans un billet de blog, mais le fait de se concentrer sur le « comment faire », de ne pas prendre de recul sur nos usages et de ne pas les comprendre pourrait constituer une forme d’aliénation.
A contrario, les interactions, les relations, les créations permises grâce au web 2.0 peuvent être source d’épanouissement et de construction de soi.

Lutte des classes 2.0 ?

Alors si nous sommes dans une certaine mesure exploités, et parfois mêmes aliénés, serions-nous en mesure de nous révolter ?
La révolte ou le conflit supposent la conscience d’être exploité ou aliéné. Or, cette conscience n’est sans doute pas majoritaire chez les utilisateurs, même si beaucoup ont bien conscience des profits réalisés par les plateformes grâce à leurs contenus.
Comment expliquer cela ? Lorsqu’on répète sans cesse à des individus qu’ils peuvent trouver des opportunités dans un système, il est plus difficile de le remettre en cause ou de s’y opposer.

Le discours du web 2.0 nous vend l’opportunité d’améliorer nos vies (nouer de nouvelles relations personnelles, développer des relations professionnelles, trouver un emploi, être reconnu par ses pairs, gagner plus d’argent, trouver des bons-plans). Le concept de « réalité augmentée » traduit d’ailleurs parfaitement cette promesse d’améliorer le réel.
Mais il ne s’agit que d’une promesse. Le travailleur reçoit un salaire, et donc une réelle contrepartie de son travail.
L’utilisateur du web 2.0 n’a pas de contrepartie réelle à son activité, mais seulement une promesse (qui possède donc un caractère virtuel), celle d’améliorer sa vie.

Instagram ou le prélude du grand soir ?

Pourtant, lorsque Instagram a annoncé en décembre 2012 vouloir réaliser des profits directement sur les contenus des utilisateurs, une partie des utilisateurs s’est fortement opposé à cette évolution (5). Nous pourrions analyser cette expérience comme une révolte, qui plus est réussie puisque depuis Instagram a fait machine arrière sur cette évolution.
Pourtant, la plupart des services web 2.0 réalisent déjà des profits sur les contenus des utilisateurs, grâce à l’espace publicitaire commercialisé sur la base de l’audience globale, elle même générée par l’addition des contenus produits et publiés par les utilisateurs.
Mais ce profit publicitaire sur les contenus est indirect, alors que dans le cas d’Instagram, le profit sur les contenus était direct, puisque Instagram souhaitait vendre des photos faites par les utilisateurs.

C’est sans doute cette perception du profit directement réalisé sur ses contenus qui a engendré chez les utilisateurs la conscience d’être exploité,
même si paradoxalement la plupart d’entre eux savent qu’ils ne peuvent pas eux-mêmes faire des profits avec ces mêmes photos.
Comme si les utilisateurs du web 2.0 disaient aux éditeurs de plateformes : « on sait qu’on ne fera pas du business avec nos photos instagram ou nos tweets, on tolère que vous fassiez des profits grâce à l’audience, mais vendre directement nos contenus, non ».

L’expérience d’instagram marque-t-elle un repère, un seuil au delà duquel les plateformes du web 2.0 ne doivent pas s’aventurer, sous peine de déclencher le « grand soir » ?

Des digital volunteers

Alors, quel est le notre statut quand nous créons du contenu et que nous le publions sur le web 2.0 ?

Nous sommes peut-être des bénévoles.
Bénévoles, parce que même si nous sommes dans un certaine mesure exploités, peut-être parfois aliénés, nous ne sommes pas prisonniers comme le sont les esclaves, ni engagés et liés à un contrat comme les travailleurs.
Bénévoles parce que nous avons le choix de publier ou pas, de choisir notre espace ou notre plateforme.
Bénévoles parce que souvent nous n’avons pas de rétribution financière de notre activité de publication.

Mais si le bénévole est souvent engagé dans une cause qui le dépasse ; les bénévoles du web 2.0 sont souvent engagés dans une cause qui ne les dépassent pas : leur cause personnelle. Celle d’accéder à une reconnaissance, qu’elle soit professionnelle ou personnelle.

Pour Marx, les prolétaires sont ceux qui doivent vendre leur force de travail pour vivre.
Les utilisateurs du web 2.0 sont peut-être ceux qui doivent donner de leur temps pour exister.

Références :

(1) Ces phrases sont des citations d’experts ou de professionnels du web 2.0
(2) Philippe Bouquillion, Jacob T. Matthews, « La communication en plus », Presses Universitaires de Grenoble, Grenoble, 2010
(3) A propos du navigateur worldwideweb : http://www.w3.org/People/Berners-Lee/WorldWideWeb.html
(4) Digital labor : portrait de l’internaute en travailleur exploité Place de la toile du 8 décembre 2012 – avec Yann Moulier-Boutang et Antonio Casilli
(5) Instagram perd la moitié de ses utilisateurs – 01net – 15 janvier 2013

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Hausse des impôts : facebook lance la taxe sur nos conversations

Imaginez une soirée entre amis. Une discussion entre quelques personnes. Une discussion passionnée ; les protagonistes parlent beaucoup ; trop à votre goût.

Vous souhaitez prendre la parole mais vous n’arrivez pas à vous faire entendre.
Heureusement, vous avez 7 euros. Vous les mettez sur la table. Les autres se taisent. Vous parlez, ils vous écoutent. Ils sont obligés de toute manière.

Bienvenue sur le nouveau facebook.

« Communiquez avec vos amis, plus rapidement, où que vous soyez. »

Voilà le message par lequel facebook accueille ses utilisateurs.
Ça, c’est pour la promesse ; celle du facebook de la fin des années 2000.
La réalité de facebook est aujourd’hui plus complexe.

L’évolution de l’affichage des contenus sur facebook s’est faite en trois étapes :

– D’abord un modèle de publication par flux antéchronologique pur, dans lequel les actualités des pages et amis sont toutes visibles de manière identique, de la plus récente à la plus ancienne, sans sélection (c’est le modèle des blogs, et encore de twitter (1))
– Puis la mise en place en 2010 d’un algorithme (le « edgerank ») qui va définir si une actualité va s’afficher ou pas sur votre fil : c’est le « top stories ».
– Enfin, la mise en place en octobre 2012 d’un système de publication payant, qui permet de toucher plus de personnes qu’avec le « top stories », sans pour autant atteindre l’audience de base du modèle antéchronologique.

Je reviendrai dans un prochain billet sur ces différents modèles et leurs enjeux.

En d’autres termes, facebook a construit un super jouet. Il vous l’a donné.
Vous l’avez appréciez, vous avez joué avec lui.
Puis facebook l’a cassé…dans le but de vous faire payer la réparation.
Mais même réparé, le jouet ne marche plus aussi bien…

Certes, facebook est confronté aux mêmes problèmes que les autres réseaux sociaux. Ces derniers, en créant des plateformes gratuites, ont facilité les liens entre les individus, les interactions, et donc les contenus.
Cela a tellement bien fonctionné que, en quelques années, la surcharge informationnelle a rendu indispensable une sélection de l’information sur la plupart des grandes plateformes.

Le flux antéchronologique pur, sans sélection, est caduque dès lors que l’information est surabondante, c’est à dire lorsque le nombre trop important de messages rend la consommation de l’information trop difficile, ou trop éloignée des intérêts ou des habitudes du destinataire.

Trois solutions : éditorialisation, algorithme et publicité

Or, il y a trois moyens de sélectionner un flux d’information sur le web :
– une sélection manuelle : c’est l’éditorialisation (ou la curation) dans laquelle une personne va sélectionner des informations selon un contrat de communication pré-établi : c’est le rôle des journalistes, des éditorialistes. C’est également le modèle des médias traditionnels (TV, presse, radio,…), même si ces derniers se basent de plus en plus sur les souhaits et goûts des téléspectateurs, auditeurs et lecteurs.
– une sélection automatique, grâce à un algorithme qui va choisir pour vous l’information qui vous sera délivrée. En général, il est défini en fonction de vos habitudes (historique de navigation, de consommations de produits ou services) et / ou de vos contacts sur les réseaux sociaux (leurs interactions avec vous et / ou leurs habitudes)
– une sélection financière : en faisant payer les publications. C’est évidemment le modèle publicitaire.

La première approche n’est pas possible sur un réseau social ; reste les deux dernières, qui sont donc aujourd’hui combinées sur facebook.

Une concurrence conversationnelle

Je ne vais pas me lancer dans les prédictions sur l’avenir de facebook, je laisse ça aux Nostradamus du 2.0 qui aiment à publier des billets funèbres titrés « facebook n’existera plus dans 5 ans » ; prédictions fort peu utiles, sauf à flatter leur égo dans le cas ou facebook effectivement n’existerait plus en 2017 ; ils pourront en effet prétendre qu’ils avaient raison.

Bref, je ne sais pas si ce système fonctionnera ou pas. Impossible de le dire aujourd’hui.
Facebook est complexe, sans doute trop complexe.

En ajoutant une couche de complexité qu’est le paiement de la visibilité des publications personnelles, facebook ajoute sur son interface un nouveau modèle d’affichage des contenus (en plus du « top stories », du « recent stories » et du « ticker »), et prend le risque de perdre définitivement ses utilisateurs.

Mais imaginons qu’il fonctionne, et que des utilisateurs soient prêt à payer pour faire apparaître leurs publications sur les fils d’actualités de leurs amis.
Si cela fonctionne, cela signifie qu’il n’y aura pas un mais plusieurs personnes, dans vos amis, qui paieront pour être « mis en avant ».
Quelle est la conséquence ?
Une concurrence entre vous et vos amis, finalement pour des conversations personnelles, pour que vos publications soient les plus vues, devant celles de vos amis.
Comment facebook va gérer cette conccurence ?
En inventant encore un nouvel algorithme qui définera lequel des 2, 3 ou 4 publications payées sera mise en avant ?
En mettant en avant plusiseurs publications payées ?
Ou en créeant un système d’enchère dans lequel celui qui paye le plus est mis en avant, sur le modèle publicitaire de Google(2) ?

Sur la page d’aide relative aux « promoted posts » de facebook, est écrit « En faisant la promotion d’une publication, vous la placez simplement plus haut que là où elle apparaît normalement dans le fil d’actualité de votre public. »
Facebook oublie de préciser qu’avec l’edgerank, les publications non-promues n’apparaissent parfois jamais !

Le problème n’est pas de payer pour accéder aux échanges

Le problème de ce nouveau procédé n’est pas de payer pour pouvoir échanger ; nous le faisons déjà.
En effet, toute communication a un prix : envoyer un courrier : le coût de l’enveloppe, du timbre, du papier et de l’encre ; un mail : le coût de l’abonnement à internet ; le téléphone : le prix de la communication ou du forfait,…

Ce qui est nouveau avec facebook, ce n’est pas de payer pour avoir accès à un moyen de communication, mais de payer pour qu’un échange personnel soit plus visible que les autres.
Autrement dit, facebook ne facture pas l’accès à son service, mais la visibilité de nos échanges personnels.
Facebook a transposé aux personnes (et leurs « profils ») ce qu’il a fait pour les marques (et leurs « pages »), et applique aux échanges personnels un modèle publicitaire conçu pour les entreprises.
Avec les « promoted posts », nous devenons des annonceurs qui devons gérer un plan média, calé en fonction des événements importants de notre vie.
Il faudra penser à prévoir dans notre plan média, l’achat d’un « promoted post » pour notre mariage !

Après l’é-réputation, des plans média personnels ?

Nous devions gérer notre e-réputation personnelle, concept également emprunté au monde de l’entreprise et transposé dans la sphère personnelle (3).
Peut-être devrons nous demain gérer les plans média de notre vie personnelle ?

Là est sans doute le plus gênant : avec les « promoted posts » facebook accompagne -voire impulse- cette tendance actuelle à marketer notre vie.

L’attention s’achète…et se mesure

Quand on fait payer un service, on se doit de faire savoir au client le résultat.
Facebook propose donc, à l’instar des pages entreprises, des statistiques (insights) sur ces publications sponsorisées :
« L’annonceur » pourra notamment voir combien de personnes ont vu sa publication, et le pourcentage de l’audience achetée par rapport à l’audience « naturelle » (« regular views » et « paid views »), procédé qui s’inscrit clairement dans le « quantified self »(4).
En tant qu’annonceur, vous connaîtraient donc le retour sur investissement de votre achat d’espace.
Nous pourrons donc optimiser et rentabiliser nos échanges, nos annonces importantes.

Facebook, qui a échoué à faire de la publicité des marques une source de revenu satisfaisante, et qui ne peux pas -selon sa promesse- faire payer l’inscription des personnes, s’est finalement vu contraint de facturer ce qu’il y a de plus personnel : nos conversations.
Peut-être cet acharnement à trouver des sources de revenus publicitaires est-elle le signe de l’incapacité pour facebook à sortir de l’impasse ?

Sur la page d’accueil de facebook, lors de l’inscription est écrit « c’est gratuit et ça le restera toujours ».
Oui, mais à quel prix ?
(1) Bien que Twitter commence depuis ces dernières années a introduire de manière parcellaire une sélection des tweets, notamment dans les modules de recherche avec les top tweets.

(2) Google adwords est basé sur un système d’annonce publicitaires « aux enchères », c’est à dire que, même s’il existe des critères de qualité de contenus, c’est l’annonceur qui paye le plus qui a la plus de visibilité

(3) Lire mon billet la « mauvaise réputation »

(4) Le Quantified Self est un mouvement qui regroupe les outils, les principes et les méthodes permettant à chaque personne de mesurer ses données personnelles, de les analyser et de les partager (Source : wikipédia)

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