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LinkedIn se lance dans l’orientation des étudiants et le classement des universités avec « LinkedIn for Education »

« Quel est le métier de vos rêves ? Trouvez l’école parfaite pour l’obtenir. »
Telle est la promesse du nouveau service de LinkedIn : le « Decision Board », lancé en octobre 2014.
S’intégrant en fait dans le programme plus global « LinkedIn for Education », ce nouvel outil révèle l’intention de LinkedIn de devenir un acteur-clé dans le domaine de l’éducation et notamment de l’enseignement supérieur.
Avec LinkedIn, on pouvait déjà entretenir ou développer son réseau et trouver un job.
Aujourd’hui, on peut aussi trouver une école ou une université.
En se développant sur ce nouveau marché, LinkedIn compte séduire les plus jeunes (lycéens, étudiants), encore peu présents sur la plateforme (notamment dans une démarche de recherche d’école), et se positionner comme un partenaire privilégié d’un parcours professionnel, du choix d’études à la mobilité professionnelle tout au long d’une carrière.
Revue de détail.

Présentation de LinkedIn for Education

Accueil Études supérieures   LinkedIn
– Un classement des universités (ranking), en fonction de grands domaines d’activités (actuellement au nombre de 8 : comptables, professionnels des médias,…) pour les USA, le Canada et la Grande-Bretagne. Le top 3 des universités pour chaque domaine est affiché en page d’accueil. Il s’agit ici d’un classement brut, avec peu de possibilités de filtrage, donc peu personnalisable par l’utilisateur. Le déploiement de ce classement dans d’autres pays dont la France est prévu, mais le calendrier n’est pas connu à ce jour.
– University finder : en sélectionnant trois critères (domaine d’études, entreprise dans lequel on souhaite travailler, lieu géographique), LinkedIn nous livre le top des « écoles populaires », triées par ordre décroissant.
Point important : le top est limité aux 30 premières écoles / universités qui répondent aux critères sélectionnés.
– Chercher un domaine d’études : il s’agit ici d’une fonctionnalité sociale qui permet de trouver des personnes qui ont le parcours recherché par le candidat à une école ou une université (Lieu, entreprise et universités d’études).
– Le « decision board »  (ou « page de sélection » en français).
Page de sélection   LinkedIn
Plutôt complexe à appréhender, c’est le coeur du nouveau dispositif, qui permet aux lycéens / étudiants de choisir leur école ou université : en sélectionnant un domaine d’études ou une école / université, l’utilisateur peut voir les autres personnes qui s’intéressent aussi à ces critères ou les anciens (et éventuellement entrer en contact avec eux), ajouter cette sélection à son profil ou le partager à ses contacts, participer à une discussion sur l’école ou le domaine sélectionné avec les autres personnes intéressées.
Pour la sélection d’université, LinkedIn va même jusqu’à donner la possibilité à l’utilisateur de sélectionner l’avancement de sa candidature (« Intéressé », « candidature envoyée », « accepté(e) », « y va »).
Le Decision board peut être privé, mais l’utilisateur peut également faire le choix de partager sa page de sélection.

Les pages écoles, coeur du dispositif

 Université Lumière  Lyon II    LinkedIn
Ces 4 fonctionnalités s’articulent en fait autour des pages écoles. Après avoir généré ces pages à la volée à partie d’août 2013, LinkedIn a ensuite abonné (depuis le début de l’année 2014) par défaut les personnes qui avait renseigné dans leur profil leur(s) université/ école, de telle sorte que les pages écoles possèdent peu de temps après leur lancement une moyenne d’abonnés assez importante.
A noter qu’il existe une distinction entre le fait d’être un ancien et le fait d’être un abonné : une personne peut être un ancien d’une école et peut se désabonner de son flux d’information ; de la même manière une personne qui n’a pas étudié dans une école peut s’y abonner.
C’est ainsi que certaines pages écoles possèdent moins d’abonnés que d’anciens, le delta étant sans doute généré par les personnes s’étant désabonnées de la page école, alors que les écoles et universités à forte notoriété possèdent plus d’abonnés que d’anciens.
Les pages écoles se composent de quatre onglets :
– Une page d’accueil, avec les top domaines et entreprises dans lesquels travaillent les anciens, des informations de contact et un champ de publication : n’importe quel utilisateur peut publier sur cette partie (même un non ancien)
– Personnalités : si l’établissement n’a pas revendiqué sa page école, l’algorithme de LinkedIn identifie des anciens ayant des profils intéressants (CEO, CTO, CFO…). Si l’école ou l’université gère la page, elle peut choisir les anciens à mettre en avant dans cette rubrique, dans une limite de 50 anciens.
– Étudiants et anciens élèves : annuaire des anciens, avec une recherche full text et un tri possible par année d’études
– Recommandation des anciens (il faut certifier avoir étudié dans l’école pour pouvoir faire une recommandation).
Le gestionnaire de la page (il faut au préalable revendiquer la page à partir d’un profil ayant un mail identique au domaine de l’établissement) peut publier des informations aux abonnés de la page.
Fonctionnalité intéressante : il est possible de segmenter les abonnés en créant une cible personnalisée (filtrage géographique, par secteur, par entreprise, par ancienneté, poste, études et formations, langue)
A noter que la page ne peut pas adresser des messages en filtrant les personnes ayant ajouté la page à son décision board.

La recette savante du ranking

Si le decision board met en retrait le classement des universités, l’ensemble du dispositif est tout de même basé sur ce ranking, lui-même basé sur les carrières des anciens, ou du moins ce qu’ils ont saisi dans leur profil LinkedIn.
Plus précisément, LinkedIn va classer les universités et écoles par domaines en fonction des diplômés qui travaillent dans ce même domaine (données limitées aux anciens ayant obtenu leur diplôme depuis 8 ans ou moins) : c’est ce que LinkedIn identifie comme « diplômés pertinents ».
Ensuite, LinkedIn évalue la « désirabilité des entreprises », avec un algorithme qui identifie d’une part l’attractivité des entreprises (si des salariés d’une entreprise A sont ensuite recrutées par une entreprise B, cette dernière entreprise sera plus « désirable » que l’entreprise A) et d’autre part la capacité des entreprises à retenir leurs salariés (critère de durée de l’emploi). Le classement des universités et écoles par domaine est donc calculé en fonction du pourcentage des « diplômés pertinents » ayant obtenu un emploi dans une « entreprise désirable ».
En théorie, cet algorithme semble donc favoriser les écoles et universités spécialisées au détriment des établissements très interdisciplinaires.
Il est également probable, bien que je n’ai pas eu de confirmation, que le nombre de recommandations et de création de decision board intégrant une école rentrent en compte dans le ranking.

Le decision board est-il un outil pertinent pour les étudiants ?

Évidemment, la première question que l’on se pose après le lancement du service est de savoir si les lycéens et étudiants vont utiliser cet outil.
Mais au delà de la communication, cet outil est-il adapté aux lycéens ou étudiants en recherche d’une formation dans le supérieur ?
Coupons court au fantasme du nouvel outil qui ringardise et relègue les anciennes pratiques aux oubliettes.
LinkedIn for education ne fera pas disparaître les conseillers d’orientation, pas plus que les cours en ligne ne tueront les universités ou l’enseignement présentiel : le nouveau service de LinkedIn est simplement un outil qui vient s’ajouter aux autres, et ne remplacera ni les conseils personnalisés d’un professionnel (conseiller d’orientation), ni les discussions et échanges avec des amis ou des proches, ni les portes ouvertes ou salons et tout les éléments qui rentrent en compte dans le choix d’une formation.
Pour autant, LinkedIn rentre en concurrence frontale avec les classements académiques des écoles et universités.
Et sur ce terrain,  LinkedIn a clairement un avantage concurrentiel : les données.
Car le corpus de LinkedIn for education est gigantesque : 300 millions de comptes, mis à jour…par les utilisateurs eux-mêmes.
LinkedIn possède plus de données sur les anciens d’une université qu’elle-même n’aura jamais.

Un « ranking-killer » ?

Il paraît évident que, pour un étudiant, un classement qui prend en compte ce que sont réellement devenus -professionnellement- les anciens d’une école ou université à partir d’une base de données gigantesque apparaît beaucoup plus intéressant et pertinent que des classements académiques prenant en compte des indicateurs quantitatifs finalement très éloignés de ses préoccupations.
En quoi le nombre de publications dans Nature ou Sciences, de médailles fiels ou de prix nobels peut aider un étudiant à trouver une université adaptée à son projet professionnel ?
Les classements académiques, qui prennent en compte essentiellement des critères quantitatifs, utilisent des données déclarées par l’école (salaire moyen, temps d’accès au premier emploi) ou des critères de performances souvent basés sur la quantité de publications scientifiques.
Si le classement de LinkedIn reste du quantitatif, il n’en reste pas moins que les données sur le devenir professionnel des anciens apparaissent très pertinentes, et qu’elles sont de plus saisies par les anciens eux-mêmes.
On retrouve aussi toutes les spécificités du web 2.0, dans lequel on choisit et sélectionne selon les avis de ses pairs.
Sauf qu’il ne s’agit pas ici d’avis, avec une part de subjectivité, mais d’une réalité professionnelle.
L’autre atout, lié également aux données dont LinkedIn dispose, est la capacité de l’outil à connecter l’étudiant qui cherche une formation avec d’autres étudiants intéressés, des étudiants actuels de cette université, des anciens, et même l’établissement en question.

On imagine  aisément que les discussions sur les espaces publics (recommandations sur les pages écoles, commentaires sur les pages de sélection) seront engagées sans doute de manière plus « civilisée » et « inhibée » que sur les forums, les utilisateurs s’exprimant avec leur identité professionnelle, et de plus sous le regard de l’école.
Tout intéressant qu’il soit, le ranking de LinkedIn n’a pourtant rien d’universel, puisque quantitatif et essentiellement basé sur la carrière professionnelle des jeunes diplômés, en partant du principe que rester longtemps dans un poste est un signe de réussite professionnelle, ce qui est, comme n’importe quel critère, discutable .
Le decision board n’est donc pas le nouveau conseiller d’orientation, il est tout simplement un outil qui semble être pertinent si l’on considère le devenir professionnel des étudiants.
Un outil de notre temps, ou les algorithmes, les classements et la recommandation constituent des aides à la décision, dans une époque ou le rationnel importe plus que l’affectif et ou ce qui peut être compté compte parfois plus que ce que nous sommes.

Quels enjeux pour les universités et écoles ?

Dans l’enseignement supérieur, on avait habitude d’entendre dire « LinkedIn c’est pour les anciens ».
Changement de paradigme : LinkedIn, c’est désormais aussi pour les futurs étudiants et le recrutement.
En terme de gestion d’espaces, les pages écoles viennent s’ajouter aux groupes, utilisés pour faire vivre les communautés d’anciens, et les pages entreprises, destinées à une communication pus corporate et recrutement.
Avec les pages écoles, les community managers de l’enseignement supérieur reçoivent donc un troisième espace à animer sur la plateforme LinkedIn, avec toutes les conséquences que cela implique en terme de positionnement éditorial et de temps d’animation.
Si les groupes LinkedIn constituent dans un certaine mesure une concurrence avec les plateformes d’anciens développées par les universités, il n’en reste pas moins que si ces dernières ont énormément de mal à trouver leur place (à part quelques cas exceptionnels), cela est sans doute plus du à des problèmes endogènes (manque de clarté dans les objectifs initiaux) ou exogènes (il est extrêmement difficile de faire s’inscrire et surtout de faire revenir des membres d’une communauté sur un outil dédié si le service rendu n’est pas optimal) , qu’à la présence des groupes LinkedIn.
Les pages écoles ne semblent pour l’heure pas rentrer véritablement en concurrence avec les sites web des universités et écoles, mais plutôt s’ajouter à ses côtés au parcours typique des lycéens et étudiants en recherche de formation, à la fois en tant qu’outil d’acquisition (à l’instar des sites web via le SEO, Admission Post-Bac, les forums, les salons ou la recommandation sociale) et en tant qu’outil de décision (à l’instar des sites web, des portes ouvertes et de la recommandation sociale).

Rent, Own, See ?

Pour reprendre la distinction d’Avinash Kaushik (qui sépare les outils de la communication digitale selon si la marque est propriétaire du support, comme pour le site web, ou locataire, comme pour les pages et espaces des marques sur les réseaux sociaux), les écoles et universités sont évidemment locataires (rent) de cet espace, ce qui signifie qu’elles sont dépendantes des conditions générales de la plateforme LinkedIn, des changements et évolutions du service.
Mais cela n’est pas forcément un problème en soi, à condition toutefois que LinkedIn implique les établissements d’enseignement supérieur (et pas seulement US) dans sa réflexion.
Mon point de vue sur ce sujet est qu’il est parfois plus intéressant d’être locataire dans une maison dans laquelle on peut rencontrer beaucoup de monde (et toucher ses cibles), que propriétaire dans une maison ou l’on est…seul.
Certes, on ne peux pas refaire les sols dans une maison en location, mais est-ce le plus important ?
Il est clair cependant que dans cette tendance d’utiliser des outils « rent« , les marques et les établissements d’enseignement supérieur ne possèdent pas plus les données de leurs cibles (prospects, clients pour les entreprises, futurs-étudiants et anciens pour les universités) qu’elle ne les louent.
Autrement dit, sur les données, ce n’est plus du own, ni du du rent, mais du…see, un modèle dans lequel la marque, l’université ou école n’a que peu de marge de manœuvre sur les espaces qui portent son nom sur les plateformes de réseaux sociaux, exceptée celle de toucher ses cibles par les outils de publications des pages (segmentée dans le cas des pages écoles de LinkedIn). .
Changement d’époque, changement de paradigme…

Quelles bonnes pratiques pour les écoles et universités sur LinkedIn for Education ?

Même si la marge de manœuvre est limitée, les universités et écoles ont tout intérêt à se préoccuper sérieusement de ce nouvel outil ; voici quelques bonnes pratiques à mettre en œuvre :
Les actions permettant d’améliorer le classement de son université :
– Faire en sorte que les étudiants actuels et anciens créent un profil LinkedIn (beaucoup de personnes n’ont pas de profils LinkedIn, surtout en France ou les plus de 40 ans sont très présents sur Viadéo) et renseignent dans leur profil son école / université. Cela permettra d’augmenter le nombre d’anciens sur sa page école, et donc potentiellement améliorer son classement. Cela peut se concrétiser par des ateliers, ce qui est évidemment intéressant pour l’étudiant ou l’ancien (car il peut améliorer ainsi sa présence et son activité sur LinkedIn) et pour l’université (car elle se place dans une perspective pédagogique sur les réseaux sociaux et que cela peut améliorer sa présence sur LinkedIn).
Les actions qui peuvent améliorer l’attractivité et l’image (et peut-être le ranking) : 
– Encourager les recommandations des anciens sur les pages écoles, même si celles-ci ne sont peut-être pas prises en compte par le classement, elles sont sans doute un élément de décision pour les futurs étudiants.
– Encourager les étudiants intéressés par une formation à créer un decision board, ce qui peut augmenter le nombre de personnes intéressées, et donc valoriser l’université. Cela peut se concrétiser par des plugins sur les pages formations des sites web
Attention, encourager ne veut pas dire forcer à la main, le but est simplement de faire savoir aux étudiants la possibilité de ces actions et leur utilité pour eux mais aussi pour leur université.
Les actions de communication et de veille : 
– Bien distinguer et segmenter le positionnement éditorial des trois espaces sur LinkedIn (groupes, pages entreprises et pages écoles) pour délivrer des messages adaptés aux cibles.
– Créer des cibles personnalisées sur sa page école afin de segmenter les messages par cibles (A noter toutefois qu’il n’est pas possible de toucher les personnes qui ont ajouté notre école au decision board, ce qui aurait été fort intéressant)
– Mettre en place une veille sur les positionnements de son école dans les différents classements 
– Mettre en place une veille sur les échanges visibles autour de sa page école (recommandations, commentaires et partages sur les decision board…)

Et après ?

Les questions restent nombreuses quelques temps après le lancement de ce nouveau service :
Doit-on craindre une LinkedIn-dépendance pour les établissements d’enseignement supérieur ?
Il est encore trop tôt pour le dire. Si d’autres fonctionnalités vont certainement se déployer progressivement, LinkedIn ne va certainement pas aller jusqu’à détailler les programmes de formations et proposer l’inscription via LinkedIn.
LinkedIn va t-il offrir aux écoles la possibilité d’engager des actions auprès des étudiants ayant ajouté son école au decision board ?
Cela serait une nouvelle donne tout à fait intéressante dans le recrutement étudiant.
 
Le classement de LinkedIn : prime aux grandes écoles ou revanche des petits établissements  ?
Même si le classement est fonction d’un pourcentage, ce qui devrait favoriser les écoles spécialisées et ne pas défavoriser les petites écoles, les grands établissements arrivent très souvent dans les top positions lorsqu’on teste le decision board.
Mais une chose est sûre : il est beaucoup trop tôt pour s’en faire une idée définitive !

Et vous, que pensez-vous de cette nouveau service ?
Si vous êtes étudiant, comptez-vous utiliser le decision board ?
Si vous travaillez dans l’enseignement supérieur, quel est votre point de vue ? Avez-vous identifié des enjeux – bonnes pratiques ?

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Classé dans Community Management, Enseignement, Marketing, Réseaux sociaux

Quels comportements éthiques sur les réseaux sociaux ? Publication du guide éthique des réseaux sociaux de l’UDESCA

Comment prendre en considération l’autre, les biens communs mais aussi soi-même sur le web et les réseaux sociaux ?

Le guide éthique des réseaux sociaux édité par l’UDESCA (Union des Établissements d’Enseignement Supérieur Catholique) et sur lequel j’ai eu le plaisir de travailler propose de répondre à ces questions grâce à des propositions de réflexions et de conseils pratiques.

Depuis quelques années, beaucoup d’entreprises, d’écoles ou d’universités ont édité des chartes réseaux sociaux qui réglementent les usages, plutôt de manière limitative et coercitive.
Voir ma présentation à ce sujet lors de la conférence Educpros de 2012.

Mais quelle est leur portée, leur efficacité, à la fois vis-à-vis des conditions générales d’utilisation des plates-formes mais aussi des lois ?
Et surtout, quid de leur légitimité ? Une entreprise ou une université peut-elle réglementer des relations et des échanges personnels ?

En proposant ce guide, nous avons voulu penser différemment en ne cherchant pas à réglementer, mais plutôt à former et accompagner nos publics, ce qui a évidemment du sens lorsqu’on est une université.

Le guide pose des questions et propose des réflexions et conseils pratiques sur plusieurs axes :

  • Le rapport à soi
  • Le rapport aux autres
  • Le rapport au temps
  • Le rapport à l’information
  • Le rapport à la technique
  • Le rapport à l’apprentissage

L’objectif de ce guide (et c’est là toute la difficulté de l’exercice car il s’agit de se tenir sur une ligne de crête) est de susciter une réflexion sur nos usages et de proposer des pistes pratiques, sans pour autant avoir une posture dogmatique et moralisatrice.

Quelles postures éthiques peut-on adopter sur les réseaux sociaux ?

Voici quelques exemples abordés dans ce guide :

Sur le rapport aux autres, il peut s’agir de tout simplement penser à l’autre quand je publie sur facebook, sur twitter ou sur un blog. Penser à celui qui pourrait être affecté ou blessé par le texte ou la photo que je vais publier (et ce n’est pas forcément celui ou celle qui est sur la photo ou qui est nommé(e) dans le post). Se demander « Comment va réagir l’autre ? », « Que va-t-il penser ? », et donc mobiliser l’empathie et l’humanité qui est en nous et se tourner vers l’autre, sur des outils qui nous poussent à se tourner vers soi-même et à nous admirer, nous évaluer et nous quantifier.
Toujours sur le rapport aux autres, mais cela concerne aussi le rapport à l’information et à l’apprentissage, c’est aussi (je pense que cela est très important sur des plateformes fonctionnant sur la modération à posteriori) savoir corriger une faute, rectifier un post, apporter un démenti, reconnaître une erreur, afin d’améliorer la qualité des contenus publiés mais aussi de mieux prendre en compte l’autre.

Sur le rapport à soi-même et au temps, cela peut être de se réserver des temps de déconnexion, des temps ou l’on se retire de la scène, un temps de la disparition et peut-être un temps du silence et de la réceptivité faisant suite (et non s’opposant à) des temps de connexion et d’émissivité.

Sur le rapport à la technique, cela peut s’incarner par le prise de distance avec des outils qui fonctionnent sur l’urgence et le « push« , nous faisant confondre urgence et information (Voir mon billet à ce sujet), en désactivant par exemple les notifications d’applications pour des contenus qui ne nécessitent pas une lecture immédiate.

Ce guide aborde évidemment davantage de réflexions, questions et conseils pratiques. Il s’agit d’une première version qui sera diffusée à la rentrée 2014-2015 à tous les étudiants, enseignants et personnels administratifs des 5 instituts et universités catholiques de France. Sa diffusion sera accompagnée d’ateliers de sensibilisation et d’échanges pour les différents publics.

Une publication du guide sous licence libre, afin que chaque établissement d’enseignement public ou privé puisse reprendre ce travail, est également envisagée.

Bonne lecture ;  n’hésitez pas à me donner en commentaire de ce billet vos remarques sur le contenu du guide,ce qui permettra de le faire évoluer.

Prendre soin des autres, du bien commun et  de soi-même sur les réseaux sociaux

« Le web 2.0 et les réseaux sociaux sont de formidables espaces d’expression.

Échanger avec d’autres personnes sur les réseaux sociaux, publier du contenu, partager un savoir, un état d’âme ou une réflexion constituent une ouverture sur les autres et sur le monde.
Mais la facilité et la rapidité avec laquelle nous pouvons publier du contenu ne doivent pas nous faire oublier notre responsabilité.

Nous pouvons aussi prendre le temps de nous interroger sur nos pratiques et les enjeux qu’elles soulèvent.Prendre en compte l’autre
, dans sa différence et dans sa liberté de participer ou pas aux échanges sur le web 2.0.
Prendre en considération les biens communs, en apportant du contenu qui permette une construction collective de l’information et de la connaissance.
Enfin prendre soin de soi-même, et essayer de prendre du recul sur nos pratiques, avec ses injonctions de participer, de s’affirmer et d’aller toujours plus vite mais aussi avec les modèles économiques et velléités politiques qui s’intégrent aux outils du web 2.0. »

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Classé dans Critique des réseaux sociaux, Enseignement, Réseaux sociaux

Présentation « Éthique & réseaux sociaux » – Conférence Educpros #epconf

Je publie le diaporama et la retranscription de mon intervention à la conférence « réseaux sociaux », organisée par educpros (vendredi 11 mai à Paris). Merci à Educpros pour l’invitation et plus particulièrement à @maelleflot 😉

[Réseaux sociaux & éthique]

Enjeux et pratiques éthiques de l’utilisation des réseaux sociaux dans l’enseignement supérieur

Au menu :
1. Pratiques sur les réseaux sociaux dans les universités / écoles : réglementer ou former ? Chartes et guides « réseaux sociaux »
2. Quelles postures éthiques… …pour les community managers ? …pour tous ?
3. Comment sensibiliser en interne ? Retour d’expérience à l’UCLy

1.Chartes & guidelines- expliquer, interdire, former ?

Chartes et guidelines : origine
Sur ces nouveaux espaces d’échanges, coexistent différents comportements et pratiques Comme tout outil, les médias sociaux comportent des risques La prise de conscience de ces risques a généré des tentatives d’encadrement, de réglementation de la part de différentes structures, dont les universités
Création de chartes « médias sociaux » Chartes et guidelines
Plusieurs postures dans les chartes :
1.Expliquer les règles du jeu, le dispositif des outils utilisés par l’université / école
2.Réglementer, prévenir et interdire
3.Conseiller, former, sensibiliser

1. Une charte pour expliquer
Des chartes portées sur les outils et l’explication des activités des universités sur les différentes plateformes : Charte réseaux sociaux INSA Toulouse http://www.insa-toulouse.fr/_resources/institution/Charte_reseaux_sociaux.pdf Université de Limoges https://www.facebook.com/note.php?note_id=260495014016551
Une explicitation des « règles du jeu », d’un contrat de communication, dans lequel on définit :
– La finalité des échanges > Quel est le but des échanges, quels sont les objectifs de la communauté ? – L’identité des partenaires > Qui parle au nom de la marque, de la communauté ?
– Le propos > ligne éditoriale
– Le dispositif > Quelles sont les règles du jeu ?
(Patrick Charaudeau, Rodolphe Ghiglione )
Une justification des activités des universités / écoles : une forme de protection ? Expliciter un contrat de communication : la charte est-elle le bon support ?

2. Une charte pour encadrer et réglementer
D’autres chartes réglementent et encadrent les activités des étudiants sur les médias sociaux : ”Your personal social media account is not an appropriate place to distribute university News.” Social Media Policy – Seattle University http://www.seattleu.edu/marcom/Inner.aspx?id=53083

Une double injonction… Rejoignez notre communauté ! Aimez notre page ! Likez ! N’acceptez pas d’être en contact sur twitter avec votre enseignant ! N’utilisez pas le logo de l’université ! Verrouillez votre profil facebook !

Le problème des chartes trop coercitives

Comment espérer que les étudiants participent aux espaces sociaux crées par l’université /école si cette dernière réglemente et encadre trop cette participation ?

– Un frein au développement de la marque « université / école » sur les réseaux sociaux
– Le « Fantasme » de la génération Y Les étudiants ne maîtrisent pas toutes les fonctionnalités des médias sociaux « Si j’aime la page de mon école, elle va pouvoir voir mes photos et tout ce que je poste sur facebook »
– Quelle efficacité ? Interdire à un élève de suivre son enseignant sur twitter va-t-il être suivi d’effet ?
– Quelle légitimité ? Quelle valeur réglementaire / juridique porte une charte ?
Vis-à-vis des CGU des grandes plateformes (facebook, twitter, linkedin)
Vis-à-vis de la loi : Exemple : « Il est interdit de créer un groupe facebook avec le nom de l’école » > entrave à la liberté d’expression ?

– Les chartes trop coercitives sont parfois mises en œuvre suite à un dysfonctionnement, un problème : Mode réactif, répressif : un manque de vision ?

Ces chartes ne sont-elles pas un vieux réflexe de chercher à maîtriser la communication, sur des espaces et dans une époque ou cela n’est plus possible ?

3. Une charte pour conseiller et pour former

Solution : former, conseiller à travers une charte ?
Social media guidelines -DePaul University http://brandresources.depaul.edu/vendor_guidelines/g_recommendation.aspx

L’université va plus loin que :

– La justification de la manière avec laquelle elle utilise facebook, twitter – La réglementation des pratiques des étudiants Elle forme les étudiants à l’utilisation des réseaux sociaux, elle les aide à mieux appréhender ces outils

On passe de la réglementation à la pédagogie

Format « guide » « conseils »:

– Sont très génériques, ne rentrent pas dans le détail de l’utilisation de chaque outil (facebook, twitter)

– Des conseils, plus que des interdictions et justifications

– Une forte dimension pédagogique :

– Un cadre qui va plus loin que l’utilisation des réseaux sociaux par l’université, et qui porte sur l’utilisation des réseaux sociaux par chacun

– Beaucoup de notions éthiques, très peu de notions juridiques – Un format court et non soumis à signature

– Un « standard » à suivre ?

Mise en œuvre de chartes

La mise en œuvre une charte doit prendre en compte l’existant :

– Documents existants :
Charte d’utilisation des ressources informatiques
Charte d’établissement
Documents plus adaptés pour les points réglementaires, juridiques

Coordonner les actions avec les services concernés :
– TICE
– Communication
– DSI
– Direction
– Équipes pédagogiques
– Service juridique

2.Quelles postures éthiques ?

Éthique : « Partie de la philosophie qui envisage les fondements de la morale. » « Ensemble des principes moraux qui sont à la base de la conduite de quelqu’un. » Morale « Ensemble de règles de conduite, considérées comme bonnes de façon absolue ou découlant d’une certaine conception de la vie »

L’éthique dans les réseaux sociaux, c’est quoi ?

Identifier des postures et pratiques éthiques dans l’animation des espaces sociaux Le « souci de l’autre » « care » = soin mutuel « Take care » : Avoir le souci de l’autre, faire attention aux autres

Éthique & Réseaux sociaux

1. Avoir le souci de l’autre

2. Avoir le souci de l’information

Chacun peut chercher à adopter des postures éthiques, en premier lieu les community managers qui doivent montrer l’exemple !

« Pour une éthique du community Management »

1. Avoir le souci de l’autre

– Essayer de ne pas offenser, ne pas blesser, ne pas dénigrer : Les autres personnes, qu’ils soient ou non sur les réseaux sociaux

– Ne pas dénigrer son université Distinction dénigrement / critique difficille

– Avoir le souci de la vie privée des autres (droit à l’image) En cas de doute, demander à la personne concernée !

– Proposer des informations de qualité

Dénigrement, critique ? « Cette école c de la m*** , les profs sont pourri, surtout n’y allait pa ! » Dénigrement ? > suppression ou signalement de la publication ? > Cette publication est-elle crédible ? « Je voudrais vous faire part de mon expérience en tant qu’étudiant à… J’ai trouvé dommage que… Je déplore également le manque de lien avec les entreprises » – Critique ? > répondre (en public Et en privé), mais ne pas le supprimer !

2. Avoir le souci de l’information

Bonnes pratiques :

– Citer la source
– Vérifier l’information
– Corriger les fautes
– Etre transparent
– Respecter la confidentialité de certaines informations
– Ne pas spammer Norme = opt-in actif
– Apporter de la plus value
– Citer la source, citer l’auteur

Éthique du Community Management
Avoir le souci de l’information :
-Vérifier la véracité
– Citer si possible la source, l’auteur
-Une information de qualité : Information adaptée à la cible Information non- redondante Information non- répétée
– Etre honnête, transparent
Sur les forums, intervenir sous sa « vraie » identité professionnelle (celle de community manager)

Problème des faux-avis Wikipédia : contenus très factuels

Au-delà de ces « fondamentaux », L’important n’est pas d’attribuer un label « éthique » ou « non-éthique » aux pratiques > approche manichéenne… Mais d’interroger nos pratiques sous cet angle éthique

Exemples :
– Tweeter 5 fois la même information, est-ce éthique ? A l’heure de l’infobésite, publier moins est-elle une pratique éthique ?
– Acheter des followers / fans, est-ce éthique ? Beaucoup traquent et s’offusquent de l’achat de followers en dénoncant des « fails »… Mais l’achat de fans est-il plus grave que l’achat mails pour du emailing ? « Dézinguer» des community managers en écrivant des billets de blogs dénonçant des « fails » n’est-il pas moins éthique ?

3.Comment sensibiliser en interne ?Retour d’expérience à l’UCLy
Les réseaux sociaux à l’UCLy
Une approche stratégique sur les réseaux sociaux

– Stratégie réseaux sociaux Arbitrage : choix d’investir certaines plateformes au détriment d’autres Pour chaque réseau social sélectionné : – Définition d’objectifs et de cibles -Ligne éditoriale spécifique -Indicateurs de mesure d’efficacité spécifiques

Réseaux sociaux à l’UCLy : sensibiliser en interne

1. Identifier et connecter les animateurs : – Création d’un groupe de travail avec les animateurs de communautés – Pas de cadre / contraintes pour les écoles / facultés mais plutôt une coordination des actions Information & coordination plutôt qu’encadrement et formatage des pratiques

2. Sensibiliser la direction : – Présentations en comité de direction – Validation de la stratégie par la direction

3. Sensibiliser l’ensemble des personnels (administratifs & enseignants) : – Organisation d’un colloque « réseaux sociaux » en octobre 2012 à Lyon, pour les 5 universités catholiques (UDESCA) – Former, sensibiliser les personnels

4. Former et sensibiliser, conseiller les étudiants – Travail sur une charte éthique « réseaux sociaux » UDESCA – Proposer des formations ?

Sensibiliser en interne / Conclusion

Sensibiliser la direction : Acquérir la légitimité dans la pratique professionnelle de ces outils Sensibiliser tous les acteurs : – Administratifs, enseignants Leur participation est un facteur de réussite des espaces et communautés…voire des étudiants dans leurs études ! Cf « Facebook is ‘social glue’ for university freshers » (University of Leicester)

– Étudiants : Former, conseiller > rôle pédagogique de l’université Charte « conseil » à visée pédagogique
+Sylvain Leauthier

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