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Hausse des impôts : facebook lance la taxe sur nos conversations

Imaginez une soirée entre amis. Une discussion entre quelques personnes. Une discussion passionnée ; les protagonistes parlent beaucoup ; trop à votre goût.

Vous souhaitez prendre la parole mais vous n’arrivez pas à vous faire entendre.
Heureusement, vous avez 7 euros. Vous les mettez sur la table. Les autres se taisent. Vous parlez, ils vous écoutent. Ils sont obligés de toute manière.

Bienvenue sur le nouveau facebook.

« Communiquez avec vos amis, plus rapidement, où que vous soyez. »

Voilà le message par lequel facebook accueille ses utilisateurs.
Ça, c’est pour la promesse ; celle du facebook de la fin des années 2000.
La réalité de facebook est aujourd’hui plus complexe.

L’évolution de l’affichage des contenus sur facebook s’est faite en trois étapes :

– D’abord un modèle de publication par flux antéchronologique pur, dans lequel les actualités des pages et amis sont toutes visibles de manière identique, de la plus récente à la plus ancienne, sans sélection (c’est le modèle des blogs, et encore de twitter (1))
– Puis la mise en place en 2010 d’un algorithme (le « edgerank ») qui va définir si une actualité va s’afficher ou pas sur votre fil : c’est le « top stories ».
– Enfin, la mise en place en octobre 2012 d’un système de publication payant, qui permet de toucher plus de personnes qu’avec le « top stories », sans pour autant atteindre l’audience de base du modèle antéchronologique.

Je reviendrai dans un prochain billet sur ces différents modèles et leurs enjeux.

En d’autres termes, facebook a construit un super jouet. Il vous l’a donné.
Vous l’avez appréciez, vous avez joué avec lui.
Puis facebook l’a cassé…dans le but de vous faire payer la réparation.
Mais même réparé, le jouet ne marche plus aussi bien…

Certes, facebook est confronté aux mêmes problèmes que les autres réseaux sociaux. Ces derniers, en créant des plateformes gratuites, ont facilité les liens entre les individus, les interactions, et donc les contenus.
Cela a tellement bien fonctionné que, en quelques années, la surcharge informationnelle a rendu indispensable une sélection de l’information sur la plupart des grandes plateformes.

Le flux antéchronologique pur, sans sélection, est caduque dès lors que l’information est surabondante, c’est à dire lorsque le nombre trop important de messages rend la consommation de l’information trop difficile, ou trop éloignée des intérêts ou des habitudes du destinataire.

Trois solutions : éditorialisation, algorithme et publicité

Or, il y a trois moyens de sélectionner un flux d’information sur le web :
– une sélection manuelle : c’est l’éditorialisation (ou la curation) dans laquelle une personne va sélectionner des informations selon un contrat de communication pré-établi : c’est le rôle des journalistes, des éditorialistes. C’est également le modèle des médias traditionnels (TV, presse, radio,…), même si ces derniers se basent de plus en plus sur les souhaits et goûts des téléspectateurs, auditeurs et lecteurs.
– une sélection automatique, grâce à un algorithme qui va choisir pour vous l’information qui vous sera délivrée. En général, il est défini en fonction de vos habitudes (historique de navigation, de consommations de produits ou services) et / ou de vos contacts sur les réseaux sociaux (leurs interactions avec vous et / ou leurs habitudes)
– une sélection financière : en faisant payer les publications. C’est évidemment le modèle publicitaire.

La première approche n’est pas possible sur un réseau social ; reste les deux dernières, qui sont donc aujourd’hui combinées sur facebook.

Une concurrence conversationnelle

Je ne vais pas me lancer dans les prédictions sur l’avenir de facebook, je laisse ça aux Nostradamus du 2.0 qui aiment à publier des billets funèbres titrés « facebook n’existera plus dans 5 ans » ; prédictions fort peu utiles, sauf à flatter leur égo dans le cas ou facebook effectivement n’existerait plus en 2017 ; ils pourront en effet prétendre qu’ils avaient raison.

Bref, je ne sais pas si ce système fonctionnera ou pas. Impossible de le dire aujourd’hui.
Facebook est complexe, sans doute trop complexe.

En ajoutant une couche de complexité qu’est le paiement de la visibilité des publications personnelles, facebook ajoute sur son interface un nouveau modèle d’affichage des contenus (en plus du « top stories », du « recent stories » et du « ticker »), et prend le risque de perdre définitivement ses utilisateurs.

Mais imaginons qu’il fonctionne, et que des utilisateurs soient prêt à payer pour faire apparaître leurs publications sur les fils d’actualités de leurs amis.
Si cela fonctionne, cela signifie qu’il n’y aura pas un mais plusieurs personnes, dans vos amis, qui paieront pour être « mis en avant ».
Quelle est la conséquence ?
Une concurrence entre vous et vos amis, finalement pour des conversations personnelles, pour que vos publications soient les plus vues, devant celles de vos amis.
Comment facebook va gérer cette conccurence ?
En inventant encore un nouvel algorithme qui définera lequel des 2, 3 ou 4 publications payées sera mise en avant ?
En mettant en avant plusiseurs publications payées ?
Ou en créeant un système d’enchère dans lequel celui qui paye le plus est mis en avant, sur le modèle publicitaire de Google(2) ?

Sur la page d’aide relative aux « promoted posts » de facebook, est écrit « En faisant la promotion d’une publication, vous la placez simplement plus haut que là où elle apparaît normalement dans le fil d’actualité de votre public. »
Facebook oublie de préciser qu’avec l’edgerank, les publications non-promues n’apparaissent parfois jamais !

Le problème n’est pas de payer pour accéder aux échanges

Le problème de ce nouveau procédé n’est pas de payer pour pouvoir échanger ; nous le faisons déjà.
En effet, toute communication a un prix : envoyer un courrier : le coût de l’enveloppe, du timbre, du papier et de l’encre ; un mail : le coût de l’abonnement à internet ; le téléphone : le prix de la communication ou du forfait,…

Ce qui est nouveau avec facebook, ce n’est pas de payer pour avoir accès à un moyen de communication, mais de payer pour qu’un échange personnel soit plus visible que les autres.
Autrement dit, facebook ne facture pas l’accès à son service, mais la visibilité de nos échanges personnels.
Facebook a transposé aux personnes (et leurs « profils ») ce qu’il a fait pour les marques (et leurs « pages »), et applique aux échanges personnels un modèle publicitaire conçu pour les entreprises.
Avec les « promoted posts », nous devenons des annonceurs qui devons gérer un plan média, calé en fonction des événements importants de notre vie.
Il faudra penser à prévoir dans notre plan média, l’achat d’un « promoted post » pour notre mariage !

Après l’é-réputation, des plans média personnels ?

Nous devions gérer notre e-réputation personnelle, concept également emprunté au monde de l’entreprise et transposé dans la sphère personnelle (3).
Peut-être devrons nous demain gérer les plans média de notre vie personnelle ?

Là est sans doute le plus gênant : avec les « promoted posts » facebook accompagne -voire impulse- cette tendance actuelle à marketer notre vie.

L’attention s’achète…et se mesure

Quand on fait payer un service, on se doit de faire savoir au client le résultat.
Facebook propose donc, à l’instar des pages entreprises, des statistiques (insights) sur ces publications sponsorisées :
« L’annonceur » pourra notamment voir combien de personnes ont vu sa publication, et le pourcentage de l’audience achetée par rapport à l’audience « naturelle » (« regular views » et « paid views »), procédé qui s’inscrit clairement dans le « quantified self »(4).
En tant qu’annonceur, vous connaîtraient donc le retour sur investissement de votre achat d’espace.
Nous pourrons donc optimiser et rentabiliser nos échanges, nos annonces importantes.

Facebook, qui a échoué à faire de la publicité des marques une source de revenu satisfaisante, et qui ne peux pas -selon sa promesse- faire payer l’inscription des personnes, s’est finalement vu contraint de facturer ce qu’il y a de plus personnel : nos conversations.
Peut-être cet acharnement à trouver des sources de revenus publicitaires est-elle le signe de l’incapacité pour facebook à sortir de l’impasse ?

Sur la page d’accueil de facebook, lors de l’inscription est écrit « c’est gratuit et ça le restera toujours ».
Oui, mais à quel prix ?
(1) Bien que Twitter commence depuis ces dernières années a introduire de manière parcellaire une sélection des tweets, notamment dans les modules de recherche avec les top tweets.

(2) Google adwords est basé sur un système d’annonce publicitaires « aux enchères », c’est à dire que, même s’il existe des critères de qualité de contenus, c’est l’annonceur qui paye le plus qui a la plus de visibilité

(3) Lire mon billet la « mauvaise réputation »

(4) Le Quantified Self est un mouvement qui regroupe les outils, les principes et les méthodes permettant à chaque personne de mesurer ses données personnelles, de les analyser et de les partager (Source : wikipédia)

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« Aime-moi, sinon tu seras un Troll » // Web 2.0 : obligation d’aimer, interdiction de troller ?

Le web 2.0 repose sur une logique de liberté d’expression et une modération à posterieri : chacun peut publier une information, créer un blog ou un compte sur un réseau social ; les modérateurs sont alertés et peuvent à posteriori supprimer si besoin la publication, un blog ou un compte qui ne respecterait pas les conditions d’utilisation.

Mais cette relative liberté d’expression permet-elle une confrontation de points de vue, le  débat et la critique ?

Intéressons-nous d’abord aux outils…

Début et fin d’une relation
Principe absolument étrange mais que l’on a fini par trouver naturel : sur tous les réseaux sociaux que je connais, nous sommes toujours notifiés quand une personne nous propose de devenir un de nos contacts (ou ami, ou follower), mais jamais lorsqu’un de nos contact nous retire de son groupe.

On prévient quand on s’intéresse à vous, mais pas quand on se désintéresse de vous. Étrange, tout de même !

Ce principe entretient et flatte une certaine forme de lâcheté, dans laquelle  avouer son désintérêt ou l’abandon d’une relation online ne s’exprime pas. Le désamour ou le désintérêt est caché, camouflé aux yeux de l’autre mais aussi de tous les autres, alors que la mise en contact est notifiée à l’autre mais aussi à tous les contacts d’une personne.

Réaction aux publications
Sur facebook, il existe deux fonctions permettant de réagir à une publication : le « commentaire » et le « J’aime » ; mais pas de fonction « J’aime pas » …
Le principe est le même sur Viadéo (boutons « commenter » et « intéressant »), LinkedIn (boutons « comment » et « like ») et Google+ (boutons « commentaire » et « +1 »).
Seules exceptions, les médias sociaux de partage de vidéos Dailymotion et Youtube :
Sur Dailymotion, pas de j’aime ou j’aime pas, mais un système d’étoiles de 1 à 5. Une note de 1 ou 2 est une manière d’exprimer qu’on aime pas ou qu’on désapprouve.
Sur Youtube, le bouton « je n’aime pas » existe, mais il a fallu attendre 2010 pour voir cette nouvelle fonctionnalité mise en oeuvre !

Sur les réseaux sociaux, l’amour est une fonctionnalité native, le désamour n’est pas prévu. Les outils qu’on nous proposent ne nous incitent pas à l’objectivité et au débat !

Regardons ensuite les usages…

Nos usages sont forcément influencés par les outils que l’on utilise. Mais au delà de ce lien fonctionnel, force est de constater que l’on a plus tendance à « aimer » et à « plussoyer », qu’à détester ou contredire.

Facebook, l’éloge de la flatterie
Il est vrai que lorsqu’une amie publie 15 photos par jour de son nouveau-né (ou nouveau jouet ?) sur facebook,  il est de rigueur, même si cela nous irrite, de commenter « Mais qu’il est mignon, il ressemble trooooooooop à son père !!! Il faut absolument qu’on se voit bientôt ! Pleins de bisous à votre petite famille ».
Il faut avouer qu’il est plus difficile de commenter, même si on le pense, « Mais arrête de nous les briser avec ton monstre, il ressemble pas à ton père, il ressemble à Schreck et en plus tu pourris ma timeline » .
Lire mon billet « Facebook flatte le narcissisme et crée l’illusion d’être un people »

Le #FF, Follow Friday ou Fayot Friday ?
Autre exemple : une pratique née des usages sur twitter : le #FF ou Follow Friday.
Une récente étude publiée sur le site français de Mashable indique que recommander un compte twitter par un followfriday n’est pas une source importante de nouveaux followers pour le compte recommandé.
Autrement dit, le follow friday est peu efficace. Alors, pourquoi cette pratique est si répandue ?
Il est assez facile de constater chaque vendredi que si certains utilisent le Follow Friday tel qu’il a été pensé (pour recommander un compte intéressant à ses followers),  d’autres utilisent plus le #FF pour faire mousser leur égo que pour réellement recommander des personnes à leurs followers.

Système un peu hypocrite dans lequel la valorisation de l’autre est un simple outil de valorisation de soi, s’apparentant à une logique électoraliste  : « je te recommande, donc recommande-moi », « je montre aux autres que tu es digne d’intérêt, tu me dois donc quelle chose : n’oublie pas de m’aimer, ou du moins de le dire ! »
Lire mon article « Twitter : culte de l’information ou culte du moi »

Tu seras un Troll…

Avec des outils et des usages favorisant nettement le plussoiement, les personnes qui osent émettre des critiques négatives sur un sujet ou une personne sont immédiatement qualifiées de « Troll ».
Il est d’ailleurs intéressant de constater que la définition de ce terme a changé : à l’origine utilisé pour décrire des personnes ayant une volonté délibérée de créer la polémique en instillant des propos haineux et provocateurs, ce terme désigne aujourd’hui toute personne qui émet une critique négative.
C’est fort pratique :
« Quelqu’un n’aime pas mon article ? C’est un troll ! »
« On critique mon intervention lors d’une conférence ? Un troll est dans la salle ! »

…sauf périodes d’ « open-trolls »

Le trollage est cependant autorisé de manière informelle lors des « open-trolls », périodes pendant lesquelles le déchaînement de critiques, d’insultes et de quolibets est toléré, voire même recommandé : au hit-parade des sujets d’open-trolls : le déchaînement contre les membres du gouvernement actuel (« bibliolefebvre »), la dénonciation de la mauvaise gestion d’une crise par un Community Manager (Petit Bateau avec le « bodygate »), ou la médiocrité d’un service client (« Ma freebox revolution n’est toujours par arrivée, quel scandale », « je suis coincé à Roissy, que fait Air France ? »).

En pensant dénoncer ou critiquer un système, les participants des open-trolls renforcent au contraire un conformisme ambiant.
Ces déchaînements collectifs et finalement très normés consolident un « conformisme à l’envers », que la philosophe Pascal Bruckner a étudié dans « Le conformisme de la subversion ».

Sommes-nous condamnés à faire croire que l’on aime tout et que l’on s’aime tous ?

Stéphane Guillon, lorsqu’il officiait à France Inter dans le 7/10, tenait à ne pas rencontrer l’invité qui arrivait juste après sa chronique et qu’il avait -en général- dézingué. Il pensait que s’il rencontrait et discutait avec l’invité, il ne serais pas aussi libre dans sa critique.

Au final, tisser des liens et agrandir nos groupes de contacts sur les réseaux sociaux ne se fait-il pas au détriment de l’expression de notre sens critique et de la remise en cause ?

En étant de plus en plus connectés et liés les uns aux autres, sommes-nous encore capable de critiquer celui ou celle que l’on connaît ?

 

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Beau sur facebook, intelligent sur twitter : devons-nous apprendre à être toujours le même, toujours meilleur ?

Sur les réseaux sociaux, comme dans la vie de manière générale, on affiche l’image qu’on souhaite projeter, plus que ce que l’on est réellement.

Erving Goffman, luinguiste américain et représentant de « l’école de Palo Alto  » ( ou école de Chigaco) avait appelé cela le processus d’idéalisation : on essaye de se montrer un peu meilleur (aux yeux des autres, mais aussi à ses propres yeux) que ce que l’on est en réalité.

Plus beaux sur facebook…

Sur facebook, réseau social utilisé « à des fins personnelles », cette idéalisation est  essentiellement incarnée par l’image physique ; c’est donc la beauté qui est souvent recherchée et affichée.
La photo d’utilisateur est donc essentielle : sur facebook, on doit être beau, et on choisit la photo la plus avantageuse -ou la plus retouchée- comme représentation de soi.
Tout le monde ou presque est beau sur facebook ; la réalité est souvent bien différente…
Il nous est tous arrivé de constater avec surprise ce décalage en voyant pour la première fois de visu une personne  dont nous ne connaissions que sa photo de profil facebook, un peu comme on dit « il est beaucoup mieux à la télé qu’en vrai ».
Chose intéressante, souvent les personnes ayant une beauté très largement reconnue ne la mettent pas en valeur sur leur photo de profil.

Plus intelligents sur twitter…

Sur twitter, réseau social centré sur l’information, cette idéalisation est incarnée par l‘intellect ; ce sont donc la biographie et le pedigree qui sont importants.

Si l’ on prête attention aux biographies, on ne compte plus les « experts », « conférenciers », « CEO » et autres « Co-founder ».
Sur twitter, il y a plus de « conférenciers » que d’auditeurs, d’ « experts » que de novices, de « CEO » que de salariés, de « Community Managers » que de membres de communautés, de « Consultants » que de consultés….

Exemple intéressant (décidément…), dans certains cas l’avatar, censé exprimer une idéalisation par le physique (puisqu’il s’agit en général d’une photo de soi), exprime non pas l’idéalisation de la beauté mais l’idéalisation de l’intellect par l’image :  on voit souvent des experts ou consultants qui choisissent un avatar avec une photo sur laquelle ils ont un micro à la main, ou sont derrière un pupitre de conférence.
L’intelligence et la reconnaissance des leurs pairs (« je suis reconnu car je donne des conférences ») sont exprimées visuellement.

Conformisme et consensualisme?

Le processus d’idéalisation s’accompagne sur twitter d’un important phénomène de conformisme, dans lequel les utilisateurs essayent de ressembler à leurs pairs : nous nous décrivons de la même façon avec les même mots dans les biographies, nous suivons naturellement les comptes qui parlent de la même chose que nous, nous tweetons et reteweetons inlassablement les mêmes contenus, jusqu’à saturer les timelines de contenus identiques.
Malgré la diversité des sources et des émetteurs sur twitter, il est parfois étonnant de constater le conformisme des informations publiées, favorisant ce que Noam Chomsky appelait la « fabrication du consentement » dans la presse traditionnelle.

Ainsi, le non-conformisme (qui n’est pas forcément anti-conformisme) est souvent malvenu et mal accepté, les personnes ne participant pas à ce conformisme étant taxés de « trolls« , étiquette qui écarte et exclut d’office d’un échange ou d’une communauté celui qui a osé dire ou surtout contredire.

Un seul profil pour une multitude de rôles sociaux…

Mais  l’idéalisation est sans doute inhérente à un groupe social, alors qu’est ce que facebook ou twitter changent à cela ?

La différence est certainement dans la permanence de l’idéalisation et l’unicité de la représentation de soi : nous n’avons qu’un profil facebook, qu’un compte twitter pour une multitude d’interactions.
Dans nos interactions offline (certains disent « In Real life » mais je n’aime pas ce terme car le web, c’est aussi la vie réelle !), nous adoptons souvent une posture et un  comportement différents selon avec qui l’on se trouve.
« Un Homme a autant de « soi sociaux » qu’il y a de groupes distincts de personnes dont l’opinion lui importe », écrivait en 1890 le philosophe William James, bien avant l’école de Chigaco.

Sur facebook et surtout sur twitter, cela est tout simplement impossible : nous ne pouvons pas avoir plusieurs soi sociaux, puisque nous n’avons qu’un profil, et que lorqu’on publie ou échange, tout le monde sur twitter ou tous ses contacts sur facebook sont spectateurs de cette interaction.

Alors, devons-nous apprendre à être toujours le même et toujours meilleur ?

La création de listes d’amis sur facebook et la possibilité de paramétrer la diffusion de nos informations par groupes d’amis confirme bien qu’il nous est difficile d’avoir un seul rôle dans nos interactions sociales.
Twitter ne propose par contre aucune fonction allant dans ce sens, peut-être dans les prochaines évolutions ?

Il y a sans doute ici une question essentielle : va-t-on apprendre à fusionner nos rôles sociaux grâce aux réseaux sociaux, ou bien ces derniers vont-ils s’adapter à nous, en proposant une segmentation des échanges et interactions, comme dans la vie offline ?

A suivre…

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Classé dans Réseaux sociaux, Recherche, Théories de l'information et de la communication

Facebook coupe la conversation sur ses pages fan : plus de business, moins de social

Facebook propose depuis cette semaine deux nouvelles fonctionnalités pour les gestionnaires de pages :

– celle de pouvoir blacklister des mots-clés et ainsi de filtrer et de ne pas afficher les publications des fans sur le mur des pages facebook qui contiendraient ces mots-clés
– la notification par mail aux gestionnaires de pages pour les nouvelles publications de fans (sur les nouveaux formats de pages fan)

Il est certain qu’avec ces fonctions, certains dialogues ou interactions sur des pages fan entre les  consommateurs et une marque n’existerons plus.

En effet, tous les webmasters et animateurs de communauté savent parfaitement la chose suivante :
Sans modération d’un espace, le message d’un membre est publié par défaut. Il est alors difficile de le supprimer s’il pose problème, car c’est le gestionnaire de page qui fait acte de supprimer le message.

Cela peut donc être considéré comme un acte de censure, chose difficilement acceptable sur un réseau social comme facebook. Par ailleurs, le membre qui voit son message supprimé aura légitimement tendance à s’énerver contre la marque et dans beaucoup de cas à surenchérir.

Avec la modération (que ce soit par blacklistage, antispam ou modération manuelle), le message par défaut n’est pas publié. Il est donc beaucoup plus facile de ne pas publier un message sensible, puisque à l’inverse le gestionnaire de page n’a besoin de faire aucune action pour publier le message.

Avec la notification mail aux gestionnaires de pages (ce qui, au passage, tue dans l’œuf les nouveaux services comme hyperalerts), les messages sensibles pourront donc être immédiatement supprimés, ce qui équivaut quasiment à une modération.

Le contrôle éditorial des interactions devient donc la norme sur les pages facebook, comme sur un site web.

Cette nouvelle fonctionnalité est symptomatique de la stratégie de facebook : moins de social, plus de business pour les marques.
Elle est la continuité d’autres fonctionnalités qui ont été développées ces dernières années sur les pages facebook, parmi lesquelles :

– Les pages FBML, qui permettent aux pages de devenir de véritables mini-sites web, sur lequels l’information et la publicité prennent le pas sur l’aspect social, symblisé par le mur (ce dernier étant ainsi moins visible…et donc moins utilisé).
Voir mon billet à ce sujet

– La possibilité de changer la « landing page », qui peut donc être une page FBML, toujours au détriment du mur.

Finalement, on s’aperçoit du glissement que réalise facebook sur ses pages fans. Le mur, c’est à dire la matérialisation de l’aspect social des pages et des interactions entre la marque et les fans,  n’est plus la page principale d’une page fan.

Les pages fan deviennent désormais des espaces totalement maîtrisés par la marque : elles sont des « bulles » de communication d’entreprise, dans l’espace social qu’est facebook.

Cela a le mérite d’être clair, et cela ôtera à coup sûr les dernières réticences de dircom’  qui disent encore « Sur les réseaux sociaux, on ne maîtrise rien »…

Ceux-là peuvent remercier facebook de les avoir écouté !

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Classé dans Community Management, Réseaux sociaux

Peut-on vraiment animer une communauté avec une page facebook ?

Pour une entreprise, avoir une page facebook possède deux intérêts :
1.Disposer d’un média supplémentaire, en complément des autres supports de communication on et off line.
Cela fonctionne a condition de publier un volume important de messages, les fans ayant en effet de plus en plus de pages, et donc de plus en plus d’informations sur leurs flux d’actualités.
2. Créer une espace communautaire qui permet d’échanger avec des personnes.
Cela fonctionne a deux conditions :
– que la page soit ouverte aux commentaires
– qu’une ou plusieurs personnes (du service communication ou marketing) puissent animer la communauté pour répondre aux questions et animer cet espace, être réactif sur les messages mais aussi proactifs, en donnant de l’information aux fans.

Pourtant, même en remplissant ces deux conditions, je trouve que les pages facebook ne sont pas de très bon outils pour créer et faire vivre une communauté.

La raison principale : sur les pages facebook, il y a peu de communications entre fans, certainement parce que les fans ne sont pas alertés des messages déposés par les autres fans sur une page.

En effet,
Si l’entreprise publie une actualité sur son mur, l’actualité va apparaître dans le flux d’actualités de tous les fans par défaut.
Les commentaires des fans à cette actualité seront aussi affichés dans le flux.
Mais si un fan écrit sur le mur de la page, le commentaire ne s’affichera pas sur le flux d’actualités des autres fans.
On peut trouver cela logique, sinon les flux d’actualités seraient davantage surchargés d’informations.
Mais cela est problématique pour faire vivre une véritable communauté sur les pages fans.

Si vous consultez une page facebook qui autorise les messages des fans, vous pourrez constater que la plupart des messages de fans n’ont pas de réponses de fans, et ce même sur les pages très actives.
Les pages facebook proposent finalement un modèle de communication assez linéaire.
Certes il y a une communication ascendante possible : les community managers répondent aux questions des fans (même s’il n’existe pas à ce jour de fonction d’alerte pour les administrateurs de pages lorsqu’un nouveau message est publié par un fan).
Mais il n’y a pas pour l’instant de communication transversale entre fans.

Cela montre la faiblesse des pages facebook pour construire de véritables communautés.

Pour améliorer cela, Facebook pourrait proposer, lorsqu’on devient fan d’une page, de pouvoir s’abonner (et se désabonner le cas échéant) aux publications des fans, tout comme on peut s’abonner ou se désabonner des publications officielles de la page.

Cette fonction d’alerte permettrai de faire vivre des communautés et de pouvoir augmenter les interactions entre fans sur les pages facebook.

Pour l’instant, les utilisateurs de facebook semblent utiliser les pages plus pour suivre les informations d’une marque, d’un organisme ou d’un artiste, et moins pour participer véritablement à une communauté.

Les projets plus ambitieux de création de communautés devront passer par des outils plus adaptés comme les plateformes sociales RSE (bluewiki,  Ning,…).

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Facebook flatte le narcissisme et crée l’illusion d’être un « People » : de la communication interpersonnelle à la communication de masse

Dans l’acte de communiquer, deux notions sont importantes : la volonté de communiquer, et l’effort que demande cet acte.
Autrement dit, toute communication est, du point de vue de l’émetteur du message, un compromis entre la volonté de communiquer et le coût (l’effort) que cette communication exige.

Le passage de la pensée au message nécessite -généralement- une volonté de communiquer. En effet, personne n’exprime toutes ses pensées ; ce serait fatiguant pour l’émetteur…et pour le récepteur !
Chacun choisit, sélectionne ce qu’il va dire et ce qu’il ne dira pas.
L’effort est également une notion importante.
Communiquer nécessite un effort physique et mental.
Physique car il faut écrire ou parler.
Mental car il faut convertir sa pensée en message, en prenant en compte le récepteur de son message et l’environnement dans lequel on communique. Il faut avoir un minimum d’empathie pour transmettre un message.
Appeler un ami par téléphone, engager une discussion en face à face, envoyer un mail, écrire un courrier,…
Ces actes de communication supposent une volonté de communiquer.
Ils demandent également un effort :
– pour construire le message et s’adapter au destinataire
– pour utiliser les outils nécessaires à la communication
pour envoyer une lettre, il faudra avoir un stylo, une feuille, écrire, avoir une enveloppe, un timbre, et aller poster la lettre dans une boîte aux lettres.
pour téléphoner, il faudra disposer d’un téléphone, avoir ou se souvenir du numéro de téléphone de notre correspondant, appeler, payer la communication,….
Bref, ces outils de communication nécessitent beaucoup plus d’efforts que les réseaux sociaux.
En effet, les réseaux sociaux sont conçus pour optimiser, faciliter la communication, à la fois dans :
– la réception des messages : on accède à différentes informations provenant de différentes sources sur une seule et même page
– la transmission de messages : sur la même page, on peut diffuser un message en quelque mots et quelques clics à tous ses amis, tous ses contacts ou au monde entier.
Il est donc facile, rapide, simple de communiquer grâce aux réseaux sociaux.
A tel point que communiquer ne nécessite plus ou peu d’efforts.
Conséquence ?
Les réseaux sociaux facilitent tellement la communication que la notion d’effort dans la communication s’efface. Et du coup la valeur de la communication.

Inutile de se rappeler la date de l’anniversaire de ses proches, facebook s’occupe de vous le rappeler.
On n’a jamais autant souhaité les anniversaires de ses amis ou contacts depuis facebook.
Inutile d’appeler votre collègue pour savoir si ses vacances étaient agréables, il a diffusé les photos sur son mur.
On n’a jamais été autant informé des vacances de ses amis et contacts depuis facebook.
La communication est devenu tellement facile qu’elle se vide de son sens, entrenant l’illusion que nos proches pensent à nous.
Toute la subtilité des réseaux sociaux et notamment de facebook réside dans le fait qu’on communique à tout le monde ce qu’on communiquait hier à seulement quelques amis.
Dans la vie personnelle, le schéma dominant qui est la communication interpersonnelle (1 émetteur > 1 récepteur) est remis en cause par le schéma des réseaux sociaux, qui est un schéma de communication de masse (1 émetteur > Plusieurs récepteurs)
Ce schéma flatte donc fortement le narcissisme, et donne l’illusion aux utilisateurs des réseaux sociaux d’être des « peoples » car ceux-ci communiquent des informations personnelles à un large public (c’est le modèle de la presse people) et supposent que leurs « amis » suivent leurs « actualités ».
Les états d’âmes, les photos de vacances, les activités et centres d’intérêts deviennent dans facebook des « actualités » (cf le « fil d’actualité » sur la page d’accueil de facebook).
Il est frappant de constater sur facebook que des  communications interpersonnelles (1 émetteur > 1 récepteur) sont faites publiquement sur les murs alors qu’il existe une fonction « message personnel » dans facebook, qui permet de rendre une discussion interpersonnelle privée.
Il est évident qu’une discussion entre 2 personnes publiée sur un mur ne sera pas la même si elle est privée.
Car, bien sûr, les utilisateurs savent que leur conversation est publique, et communiquent donc en conséquence.
Le passage de la communication interpersonnelle à la communication de masse engendre donc naturellement une « théatralisation » de la vie privée.

Et pour rejoindre le débat sur la protection de la vie privée, il semble évident qu’avec les réseaux sociaux, on ne dévoile pas sa vie privée, on la met en scène.


Il est un peu paradoxal de vouloir protèger quelque chose qu’on expose…

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