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Digital labor ou digital volunteer ? Marx à l’heure du web 2.0

« Le web 2.0 est un formidable outil de démocratisation : désormais, chacun peut s’exprimer, prendre la parole et avoir une visibilité »
« Aujourd’hui avec 140 caractères, on peut faire une révolution »
« Sur internet, tout le monde est à égalité.
Si vous lancez un site, vous pouvez devenir plus gros que google » (1)

Ça, c’est pour la promesse.
Une promesse affichée et récitée en choeur par les acteurs du web 2.0, qu’ils soient experts, entrepreneurs, agences ou fournisseurs de services ; à tel point qu’elle en est devenue presque dogmatique : « le web 2.0 offre de formidables opportunités, sachez en profiter. Sinon tant pis pour vous »
La messe est dite.

L’obsession des bonnes pratiques

Et puisque la finalité est bénéfique et indiscutable, il ne reste plus qu’à étudier les usages, et notamment les « bonnes pratiques » permettant de tirer profit du web 2.0.
Les sites web, blogs et ouvrages regorgent de conseils, recommandations, livres-blancs et autres bonnes pratiques sur le bon usage de facebook, twitter ou des blogs, qu’il s’agisse de contextes personnels ou professionnels.

« Comment optimiser sa présence sur facebook ? »
« Comment améliorer son image sur internet ? »
« E-réputation : dix erreurs à éviter »

Ces conseils sonnent parfois comme de véritables injonctions, comme s’il n’y avait qu’une bonne manière de se comporter et d’utiliser ces supports.
Cette obsession du « comment faire » empêche toute démarche introspective sur nos usages et occulte pourtant deux questions essentielles : comment le web 2.0 est né, et quelle relation avons-nous avec les éditeurs de plateformes 2.0 ?

Origine du web 2.0 : plus proche de Wall Street que de la place Tahrir

Philippe Bouquillion et Jacob T. Mathews ont rappelé les enjeux économiques et surtout financiers de la naissance du web 2.0 (2) : Tim O’Reilly, expert et entrepreneur web américain, a envisagé ce concept en 2005 en décrivant les caractéristiques des entreprises internet qui avaient survécu à la bulle spéculative au début des années 2000. Tim O’Reilly observe que les sites et services ayant survécu à cette crise ont placé les utilisateurs et usagers au centre de leur services et de leur valorisation.
La création du Web 2.0 se place donc dans une problématique économique mais aussi essentiellement financière, car les acteurs financiers attendaient après l’éclatement de la bulle spéculative un nouveau cadre de confiance pour de nouveaux investissements et de nouveaux profits.

Le web est collaboratif depuis…1990 !

L’idée selon laquelle il est possible de prendre la parole et d’accéder à une visibilité seulement depuis le web 2.0 est également fausse. Le discours enchanté du web 2.0 nous fait oublier que depuis le début du web au début des années 1990, créer un site et le publier sur le web est possible, pour peu de disposer de quelques connaissances techniques et bien évidemment d’un accès à internet.

Il faudrait aussi rappeler que Tim Berners Lee, « inventeur » du web et Président du W3C, a envisagé en 1990 le premier navigateur web « worldwideweb » (renommé ensuite « nexus ») comme un navigateur ayant une fonction d’éditeur, permettant aux utilisateurs de lire mais aussi de modifier des pages web (3).
Le fondateur du web, bien avant le web 2.0, imaginait déjà le web comme collaboratif.

Le web 2.0 a simplement apporté deux éléments nouveaux : la facilité accrue de publier du contenu en s’affranchissant de contraintes techniques du web 1.0 (créer un site, le publier sur un serveur, actions qui mobilisent des connaissances techniques diverses), et le déplacement de la localisation des contenus, passant de sites crées par l’utilisateur à des grandes plateformes agrégeant des contenus et des espaces.
Ce déplacement des contenus est capital dans le web 2.0, car toute la promesse du web 2.0 repose sur la puissance, en terme d’audience, de ces grandes plateformes, en comparaison avec des sites web « isolés », même si reliés par les liens hypertextes.
Le mélange, parfois sur une même page web, entre les contenus « professionnels » des éditeurs des plateformes (par exemple les articles rédigés par les journalistes,…) et les contenus publiés par les utilisateurs (par exemple les commentaires sur ce même article) offre certes une visibilité accrue des publications des utilisateurs.

Mais ce mélange crée aussi une confusion entretenue par les éditeurs et les « vendeurs du web 2.0 », qui consiste à faire croire que l’utilisateur bénéfice de facto de la visibilité de l’ensemble de la plateforme qui héberge son contenu.

« Pourquoi aller sur facebook ? Et bien tout simplement parce qu’il y a 1 milliard d’utilisateurs, autant d’audience à conquérir ».
Vous avez déjà certainement entendu ou lu maintes et maintes fois ce type de propos, entretenant la confusion entre ce qui est vu et ce qui est visible. Lire mon billet à ce sujet sur la réalité du vu et la virtualité du visible.

Voilà pour l’histoire. Et le présent alors ?
Les plateformes 2.0 hébergent et diffusent nos contenus. Mais il y existe une interaction plus complexe que la seule relation créateur / hébergeur de contenu. Quel statut, quelle relation avons-vous avec ces plateformes ?

Des travailleurs exploités ?

Dans une récente édition de l’émission « place de la toile » sur France culture consacrée au « digital labor », était évoqué la question de savoir si les utilisateurs du web 2.0 étaient des travailleurs exploités (4), au sens marxiste du terme. Car, puisque les utilisateurs créent des contenus la plupart du temps sans rétribution financière et que les éditeurs de plateformes réalisent du profit sur ces contenus par la publicité, comment ne pas penser à Marx et au concept d’exploitation ?
Par ailleurs, tout comme le prolétaire, l’utilisateur du web 2.0 ne possède ni le capital, ni les moyens de production (les outils de publication, mais aussi les contenus qu’ils publient).
Chez Marx, l’exploitation réside dans la plus-value générée par le travail du salarié par le propriétaire du capital, dans le mesure ou la plus-value réalisée est disproportionnée par rapport au salaire du travailleur.
Dans cette logique, les utilisateurs du web 2.0 sont exploités, car ils n’ont en général que peu de bénéfices issus de leur publications, en tout cas financiers.
Mais le travail repose sur un contrat explicite établi entre deux parties. Or sur le web 2.0, ce contrat n’est pas explicite. Nous pourrions certes avancer qu’il existe sous une forme implicite avec les conditions générales d’utilisation des plateformes. Mais l’acceptation de celles-ci par les utilisateurs est souvent tacite et non-éclairée : quel utilisateur lie les CGU de manière exhaustive ?
Et puis, comme le souligne Antonio Casilli dans l’émission « place de la toile », les utilisateurs ne considèrent pas que leurs publications constituent un « travail ».
Sans doute devrait-on alors oublier le terme de « digital labor » ?
Même si l’on peut entrevoir une forme d’exploitation, nous ne sommes donc pas des travailleurs.

Web 2.0 et aliénation 

La question de l’aliénation, notion différente de celle d’exploitation chez Marx, peut également se poser si l’on se penche sur les usages des utilisateurs sur le web 2.0.

La perte de sens, la déshumanisation, le morcellement de l’individu propres à l’aliénation chez Marx se retrouve-t-elle dans nos usage du web 2.0 ?
Cette question est sans doute trop vaste pour pouvoir y répondre dans un billet de blog, mais le fait de se concentrer sur le « comment faire », de ne pas prendre de recul sur nos usages et de ne pas les comprendre pourrait constituer une forme d’aliénation.
A contrario, les interactions, les relations, les créations permises grâce au web 2.0 peuvent être source d’épanouissement et de construction de soi.

Lutte des classes 2.0 ?

Alors si nous sommes dans une certaine mesure exploités, et parfois mêmes aliénés, serions-nous en mesure de nous révolter ?
La révolte ou le conflit supposent la conscience d’être exploité ou aliéné. Or, cette conscience n’est sans doute pas majoritaire chez les utilisateurs, même si beaucoup ont bien conscience des profits réalisés par les plateformes grâce à leurs contenus.
Comment expliquer cela ? Lorsqu’on répète sans cesse à des individus qu’ils peuvent trouver des opportunités dans un système, il est plus difficile de le remettre en cause ou de s’y opposer.

Le discours du web 2.0 nous vend l’opportunité d’améliorer nos vies (nouer de nouvelles relations personnelles, développer des relations professionnelles, trouver un emploi, être reconnu par ses pairs, gagner plus d’argent, trouver des bons-plans). Le concept de « réalité augmentée » traduit d’ailleurs parfaitement cette promesse d’améliorer le réel.
Mais il ne s’agit que d’une promesse. Le travailleur reçoit un salaire, et donc une réelle contrepartie de son travail.
L’utilisateur du web 2.0 n’a pas de contrepartie réelle à son activité, mais seulement une promesse (qui possède donc un caractère virtuel), celle d’améliorer sa vie.

Instagram ou le prélude du grand soir ?

Pourtant, lorsque Instagram a annoncé en décembre 2012 vouloir réaliser des profits directement sur les contenus des utilisateurs, une partie des utilisateurs s’est fortement opposé à cette évolution (5). Nous pourrions analyser cette expérience comme une révolte, qui plus est réussie puisque depuis Instagram a fait machine arrière sur cette évolution.
Pourtant, la plupart des services web 2.0 réalisent déjà des profits sur les contenus des utilisateurs, grâce à l’espace publicitaire commercialisé sur la base de l’audience globale, elle même générée par l’addition des contenus produits et publiés par les utilisateurs.
Mais ce profit publicitaire sur les contenus est indirect, alors que dans le cas d’Instagram, le profit sur les contenus était direct, puisque Instagram souhaitait vendre des photos faites par les utilisateurs.

C’est sans doute cette perception du profit directement réalisé sur ses contenus qui a engendré chez les utilisateurs la conscience d’être exploité,
même si paradoxalement la plupart d’entre eux savent qu’ils ne peuvent pas eux-mêmes faire des profits avec ces mêmes photos.
Comme si les utilisateurs du web 2.0 disaient aux éditeurs de plateformes : « on sait qu’on ne fera pas du business avec nos photos instagram ou nos tweets, on tolère que vous fassiez des profits grâce à l’audience, mais vendre directement nos contenus, non ».

L’expérience d’instagram marque-t-elle un repère, un seuil au delà duquel les plateformes du web 2.0 ne doivent pas s’aventurer, sous peine de déclencher le « grand soir » ?

Des digital volunteers

Alors, quel est le notre statut quand nous créons du contenu et que nous le publions sur le web 2.0 ?

Nous sommes peut-être des bénévoles.
Bénévoles, parce que même si nous sommes dans un certaine mesure exploités, peut-être parfois aliénés, nous ne sommes pas prisonniers comme le sont les esclaves, ni engagés et liés à un contrat comme les travailleurs.
Bénévoles parce que nous avons le choix de publier ou pas, de choisir notre espace ou notre plateforme.
Bénévoles parce que souvent nous n’avons pas de rétribution financière de notre activité de publication.

Mais si le bénévole est souvent engagé dans une cause qui le dépasse ; les bénévoles du web 2.0 sont souvent engagés dans une cause qui ne les dépassent pas : leur cause personnelle. Celle d’accéder à une reconnaissance, qu’elle soit professionnelle ou personnelle.

Pour Marx, les prolétaires sont ceux qui doivent vendre leur force de travail pour vivre.
Les utilisateurs du web 2.0 sont peut-être ceux qui doivent donner de leur temps pour exister.

Références :

(1) Ces phrases sont des citations d’experts ou de professionnels du web 2.0
(2) Philippe Bouquillion, Jacob T. Matthews, « La communication en plus », Presses Universitaires de Grenoble, Grenoble, 2010
(3) A propos du navigateur worldwideweb : http://www.w3.org/People/Berners-Lee/WorldWideWeb.html
(4) Digital labor : portrait de l’internaute en travailleur exploité Place de la toile du 8 décembre 2012 – avec Yann Moulier-Boutang et Antonio Casilli
(5) Instagram perd la moitié de ses utilisateurs – 01net – 15 janvier 2013

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Hausse des impôts : facebook lance la taxe sur nos conversations

Imaginez une soirée entre amis. Une discussion entre quelques personnes. Une discussion passionnée ; les protagonistes parlent beaucoup ; trop à votre goût.

Vous souhaitez prendre la parole mais vous n’arrivez pas à vous faire entendre.
Heureusement, vous avez 7 euros. Vous les mettez sur la table. Les autres se taisent. Vous parlez, ils vous écoutent. Ils sont obligés de toute manière.

Bienvenue sur le nouveau facebook.

« Communiquez avec vos amis, plus rapidement, où que vous soyez. »

Voilà le message par lequel facebook accueille ses utilisateurs.
Ça, c’est pour la promesse ; celle du facebook de la fin des années 2000.
La réalité de facebook est aujourd’hui plus complexe.

L’évolution de l’affichage des contenus sur facebook s’est faite en trois étapes :

– D’abord un modèle de publication par flux antéchronologique pur, dans lequel les actualités des pages et amis sont toutes visibles de manière identique, de la plus récente à la plus ancienne, sans sélection (c’est le modèle des blogs, et encore de twitter (1))
– Puis la mise en place en 2010 d’un algorithme (le « edgerank ») qui va définir si une actualité va s’afficher ou pas sur votre fil : c’est le « top stories ».
– Enfin, la mise en place en octobre 2012 d’un système de publication payant, qui permet de toucher plus de personnes qu’avec le « top stories », sans pour autant atteindre l’audience de base du modèle antéchronologique.

Je reviendrai dans un prochain billet sur ces différents modèles et leurs enjeux.

En d’autres termes, facebook a construit un super jouet. Il vous l’a donné.
Vous l’avez appréciez, vous avez joué avec lui.
Puis facebook l’a cassé…dans le but de vous faire payer la réparation.
Mais même réparé, le jouet ne marche plus aussi bien…

Certes, facebook est confronté aux mêmes problèmes que les autres réseaux sociaux. Ces derniers, en créant des plateformes gratuites, ont facilité les liens entre les individus, les interactions, et donc les contenus.
Cela a tellement bien fonctionné que, en quelques années, la surcharge informationnelle a rendu indispensable une sélection de l’information sur la plupart des grandes plateformes.

Le flux antéchronologique pur, sans sélection, est caduque dès lors que l’information est surabondante, c’est à dire lorsque le nombre trop important de messages rend la consommation de l’information trop difficile, ou trop éloignée des intérêts ou des habitudes du destinataire.

Trois solutions : éditorialisation, algorithme et publicité

Or, il y a trois moyens de sélectionner un flux d’information sur le web :
– une sélection manuelle : c’est l’éditorialisation (ou la curation) dans laquelle une personne va sélectionner des informations selon un contrat de communication pré-établi : c’est le rôle des journalistes, des éditorialistes. C’est également le modèle des médias traditionnels (TV, presse, radio,…), même si ces derniers se basent de plus en plus sur les souhaits et goûts des téléspectateurs, auditeurs et lecteurs.
– une sélection automatique, grâce à un algorithme qui va choisir pour vous l’information qui vous sera délivrée. En général, il est défini en fonction de vos habitudes (historique de navigation, de consommations de produits ou services) et / ou de vos contacts sur les réseaux sociaux (leurs interactions avec vous et / ou leurs habitudes)
– une sélection financière : en faisant payer les publications. C’est évidemment le modèle publicitaire.

La première approche n’est pas possible sur un réseau social ; reste les deux dernières, qui sont donc aujourd’hui combinées sur facebook.

Une concurrence conversationnelle

Je ne vais pas me lancer dans les prédictions sur l’avenir de facebook, je laisse ça aux Nostradamus du 2.0 qui aiment à publier des billets funèbres titrés « facebook n’existera plus dans 5 ans » ; prédictions fort peu utiles, sauf à flatter leur égo dans le cas ou facebook effectivement n’existerait plus en 2017 ; ils pourront en effet prétendre qu’ils avaient raison.

Bref, je ne sais pas si ce système fonctionnera ou pas. Impossible de le dire aujourd’hui.
Facebook est complexe, sans doute trop complexe.

En ajoutant une couche de complexité qu’est le paiement de la visibilité des publications personnelles, facebook ajoute sur son interface un nouveau modèle d’affichage des contenus (en plus du « top stories », du « recent stories » et du « ticker »), et prend le risque de perdre définitivement ses utilisateurs.

Mais imaginons qu’il fonctionne, et que des utilisateurs soient prêt à payer pour faire apparaître leurs publications sur les fils d’actualités de leurs amis.
Si cela fonctionne, cela signifie qu’il n’y aura pas un mais plusieurs personnes, dans vos amis, qui paieront pour être « mis en avant ».
Quelle est la conséquence ?
Une concurrence entre vous et vos amis, finalement pour des conversations personnelles, pour que vos publications soient les plus vues, devant celles de vos amis.
Comment facebook va gérer cette conccurence ?
En inventant encore un nouvel algorithme qui définera lequel des 2, 3 ou 4 publications payées sera mise en avant ?
En mettant en avant plusiseurs publications payées ?
Ou en créeant un système d’enchère dans lequel celui qui paye le plus est mis en avant, sur le modèle publicitaire de Google(2) ?

Sur la page d’aide relative aux « promoted posts » de facebook, est écrit « En faisant la promotion d’une publication, vous la placez simplement plus haut que là où elle apparaît normalement dans le fil d’actualité de votre public. »
Facebook oublie de préciser qu’avec l’edgerank, les publications non-promues n’apparaissent parfois jamais !

Le problème n’est pas de payer pour accéder aux échanges

Le problème de ce nouveau procédé n’est pas de payer pour pouvoir échanger ; nous le faisons déjà.
En effet, toute communication a un prix : envoyer un courrier : le coût de l’enveloppe, du timbre, du papier et de l’encre ; un mail : le coût de l’abonnement à internet ; le téléphone : le prix de la communication ou du forfait,…

Ce qui est nouveau avec facebook, ce n’est pas de payer pour avoir accès à un moyen de communication, mais de payer pour qu’un échange personnel soit plus visible que les autres.
Autrement dit, facebook ne facture pas l’accès à son service, mais la visibilité de nos échanges personnels.
Facebook a transposé aux personnes (et leurs « profils ») ce qu’il a fait pour les marques (et leurs « pages »), et applique aux échanges personnels un modèle publicitaire conçu pour les entreprises.
Avec les « promoted posts », nous devenons des annonceurs qui devons gérer un plan média, calé en fonction des événements importants de notre vie.
Il faudra penser à prévoir dans notre plan média, l’achat d’un « promoted post » pour notre mariage !

Après l’é-réputation, des plans média personnels ?

Nous devions gérer notre e-réputation personnelle, concept également emprunté au monde de l’entreprise et transposé dans la sphère personnelle (3).
Peut-être devrons nous demain gérer les plans média de notre vie personnelle ?

Là est sans doute le plus gênant : avec les « promoted posts » facebook accompagne -voire impulse- cette tendance actuelle à marketer notre vie.

L’attention s’achète…et se mesure

Quand on fait payer un service, on se doit de faire savoir au client le résultat.
Facebook propose donc, à l’instar des pages entreprises, des statistiques (insights) sur ces publications sponsorisées :
« L’annonceur » pourra notamment voir combien de personnes ont vu sa publication, et le pourcentage de l’audience achetée par rapport à l’audience « naturelle » (« regular views » et « paid views »), procédé qui s’inscrit clairement dans le « quantified self »(4).
En tant qu’annonceur, vous connaîtraient donc le retour sur investissement de votre achat d’espace.
Nous pourrons donc optimiser et rentabiliser nos échanges, nos annonces importantes.

Facebook, qui a échoué à faire de la publicité des marques une source de revenu satisfaisante, et qui ne peux pas -selon sa promesse- faire payer l’inscription des personnes, s’est finalement vu contraint de facturer ce qu’il y a de plus personnel : nos conversations.
Peut-être cet acharnement à trouver des sources de revenus publicitaires est-elle le signe de l’incapacité pour facebook à sortir de l’impasse ?

Sur la page d’accueil de facebook, lors de l’inscription est écrit « c’est gratuit et ça le restera toujours ».
Oui, mais à quel prix ?
(1) Bien que Twitter commence depuis ces dernières années a introduire de manière parcellaire une sélection des tweets, notamment dans les modules de recherche avec les top tweets.

(2) Google adwords est basé sur un système d’annonce publicitaires « aux enchères », c’est à dire que, même s’il existe des critères de qualité de contenus, c’est l’annonceur qui paye le plus qui a la plus de visibilité

(3) Lire mon billet la « mauvaise réputation »

(4) Le Quantified Self est un mouvement qui regroupe les outils, les principes et les méthodes permettant à chaque personne de mesurer ses données personnelles, de les analyser et de les partager (Source : wikipédia)

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Quand le visible n’est pas vu…

– « Et n’importe qui peut le voir, ça ? »
– « Oui, n’importe qui »

Peut-être vous a t’on déjà posé cette question, lorsque vous expliquiez à une personne peu au fait du web 2.0 comment fonctionnait facebook, twitter ou les blogs.

Vous avez raison de répondre « oui » : sur le web, nous pouvons partir du principe que beaucoup de contenus sont visibles, par « n’importe qui ».
Il faut simplement disposer d’un terminal (PC, tablette, smartphone,…), d’une connexion à internet et d’un navigateur web.

Mais il faudrait expliquer aussi que ce qui est visible n’est pas forcément vu.

Exemple avec une conversation sur twitter

Lorsque j’échange avec une autre personne sur twitter, cet échange est-il visible de « tout le monde » ?

De tout le monde, non.
Potentiellement, cet échange n’est visible que par les 2,4 milliards d’humains connectés à internet (1). Il n’est donc pas accessible à 4,6 milliards de personnes.

Et par qui cet échange sera t-il vu ?
Par les 2,4 milliard de personnes connectées à internet ? Évidemment non.
Par les 140 millions d’utilisateurs actifs (2) de twitter ? Certainement pas ; la personne avec qui j’échange et moi-même ne sommes pas assez célèbres !
Par mes 600 followers ? Non plus. Car seules les personnes qui me suivent et qui suivent la personne avec qui j’échange verront cet échange dans leur timeline.
Par les 5 ou 10 followers qui me suivent et qui suivent aussi cette personne ? Toujours pas ! Car certains d’entre eux ne seront pas connectés dans les heures qui suivent cet échange. Cet échange sera donc déjà trop ancien pour être affiché et lu, emporté par le tsunami de l’information.

Cet échange est visible par 2,4 milliards d’humains. Il ne sera vu que par 4 ou 5 personnes.

La visibilité : une réalité illusoire

Le « visible » est ce « qui est perceptible par la vue » (3), du latin visibilis (« que l’on peut voir« ).
Le visible comporte donc une notion de potentialité, un caractère virtuel (au sens strict du terme, c’est à dire « qui n’est qu’en puissance, qu’en état de simple possibilité (par opposition à ce qui est en acte)  » (3).
Le visible est donc la possibilité d’être vu. Le visible est virtuel, alors que ce qui est vu est réel.

La très grande visibilité des contenus publiés sur le web laisse à penser que le visible est un fait, une réalité, alors que la visibilité n’est qu’en état de simple possibilité.

Pour comprendre le web aujourd’hui, je crois qu’il est fondamental de comprendre la distinction entre ce qui est visible et ce qui est vu.
Appréhender cette complexité, c’est sans doute permettre un usage plus sain et plus serein de ces outils, que ce soit pour les individus ou les entreprises.

La forte visibilité nécessite une responsabilité

Comprendre que beaucoup de contenus publiés sur le web sont très visibles, cela impose une grande responsabilité : celle de respecter les autres, de respecter l’information, et de se respecter soi-même (4).
En effet, même si ce que je publie ne sera pas toujours vu, ou en tout cas peu relativement à la visibilité, il peut l’être à n’importe quel moment, à n’importe quel endroit.

Quand je vois que certains blogueurs dans mon domaine n’hésitent pas à publier des billets de blog pour dénoncer les soi-disant « fails de community managers » en balançant leur nom, prénom dans le titre du billet, et en expliquant quelle a été leur erreur fatale (avec un sens de l’analyse et de la déduction assez douteux) , je me dis que certains n’hésitent pas, pour asseoir leur e-réputation, à détruire celle des autres.
Certains ont bien assimilé la liberté d’expression, ils ont vraisemblablement plus de mal avec les notions d’éthique et de respect.

Même si certains contenus possèdent une visibilité circonscrite (mails, statut facebook, chat), la possibilité que différents acteurs (autorités, éditeurs des plateformes, black-hat hackers(5), ou même amis ;)) puissent le cas échéant accéder à ces contenus nécessite une certaine prudence et toujours ce sens de la responsabilité.
Il est donc certainement utile de partir du principe que tout contenu publié sur le web est très visible, ce qui nécessite que nous soyons responsables lorsque nous publions du contenu, qu’il s’agisse d’un tweet, d’un statut facebook, d’un billet ou commentaire de blog ou d’une page d’un site web.

Le fait que tout ne soit pas vu permet de relativiser et de dédramatiser nos usages

Mais comprendre que tous les contenus ne seront pas toujours vus, cela nous permet de démythifier la croyance que parce que c’est sur le web, cela aura de facto un puissant impact.

Pour les individus, cela permet donc de dédramatiser nos usages sur le web ; de ne pas partir du principe que ce que j’échange avec un ami et qui est visible sera vu par un nombre important de personnes. Cela permet aussi sans doute de désactiver la dimension narcissique qui est très présente sur les réseaux sociaux.
Voir mon billet « Facebook flatte le narcissisme et crée l’illusion d’être un people ».

Pour les entreprises qui utilisent les réseaux sociaux, cela permet de ne pas considérer ces outils comme un nouvel eldorado ; récemment, sur un site d’agence web, j’ai vu l’accroche « aujourd’hui, avec 140 caractères, on peut faire une révolution « . La réalité est sans doute un peu plus complexe….
De la même manière, annoncer un événement sur twitter à ses 2000 followers ne signifie pas que 2000 personnes liront cette information, et encore moins qu’elles se rendront à cet événement.

La mise en scène de l’information, le moment ou l’on publie sont aussi important que le message lui-même.

Quand ce qui est visible ne peut être vu…

Enfin, il ne faut pas oublier que nous n’avons finalement que peu de retour sur qui a lu notre contenu et quand.
La plupart des outils de web analaytics  ne font que compter des clics, des chargements d’URL ou d’images.
Ces outils sont capables de mesurer certaines activités : l’acte d’achat, l’intérêt pour un sujet donné, la validation de formulaires ou de données saisies sont facilement identifiés et traités par des algorithmes. Ils peuvent également permettre de prédire les comportements des internautes (reality mining).
Mais l’acte de lecture est plus complexe à identifier, tout comme l’influence (6).

Certes, les administrateurs ont accès aux fichiers de logs, les webmasters aux outils de web analytics, les animateurs de compte de réseaux sociaux aux « social dashboards ».
Mais impossible de savoir au final si un statut facebook ou un texte sur une page web a réellement été lu, même si certains dispositifs permettent d’avoir certains indications (pour les sites : heat map, tracking du scroll, ou encore eye tracking).
Sur les réseaux sociaux, les interactions visibles (nombre de commentaires, de « like » de « retweet ») offrent certes un certain niveau de feedback, mais ils ne sont que la partie visible de la façon dont est consommée une information.

Parallèlement, et contrairement à des contextes de communication orale, le web social ne permet pas de communication non verbale, même si on pourrait discuter du fait que le smiley soit un élément de communication non-verbale.

L’absence de feedback non-verbal dans les échanges interpersonnels sur le web prive l’émetteur d’un message d’une partie du feedback, coupant en quelque sorte la boucle de rétroaction décrite par Norbert Wiener (7).
Il nous manque notamment ce feedback régulateur au moment ou l’on prend la parole sur le web, ou l’on sort des coulisses pour entrer sur scène (8), contrairement à un contexte d’échanges ou des personnes sont réunis physiquement dans lequel nous avons un feedback (para-verbal notamment) avant et pendant la prise de parole.
C’est sans doute ce qui pourrait expliquer le côté désinhibant des réseaux sociaux.

Il faut aussi souligner un problème sémantique dans les outils statistiques : Klout prétend mesurer « l’influence » alors qu’il ne fait que comptabiliser des interactions, Google analytics prétend mesurer le « nombre de pages vues » alors qu’il ne fait que comptabiliser le nombre de pages chargées, les outils de tracking des emails prétendent mesurer des « taux de lecture » alors qu’ils ne font que comptabiliser le chargement des images des newsletters. Il serait temps de revoir la terminologie de ces fonctionnalités.

Nous ne pouvons pas vraiment prédire qui lira ce que l’on publie et quand, et nous ne le saurons pas forcément.
Prendre en considération cela, c’est au final accepter une incertitude, celle du devenir de ce que l’on publie, et accepter également de la faiblesse du feedback en comparaison avec la portée de nos publications.
Ce qui est visible n’est pas forcément vu, et ce qui est vu n’est donc pas forcément visible.

– « Et n’importe qui peut le voir, ça ? »

– « Oui, n’importe qui peut voir ce contenu. Mais en réalité, peu de monde le verra vraiment. Et je ne saurai pas forcément qui et quand. »

– « Un peu comme une bouteille à la mer ? »

– « Oui, un peu comme une bouteille à la mer »

(1) Source : ITU (International Telecommunication Union) http://www.itu.int/ITU-D/ict/statistics/

(2) Source : twitter http://blog.twitter.com/2012/03/twitter-turns-six.html

(3) Dictionnaire Larousse

(4) Éthique et réseaux sociaux – voir ma présentation à la conférence educpros

(5) Les « black hat hackers« , ou « crackers » sont des pirates informatiques. Il se différencient des « white hat » hackers qui innovent, détournent ou contournent des usages informatiques sans volonté ni action de nuire.

(6) Voir mon billet « Les influglandeurs, pour désenfler leur chevilles, retirez le klout »

(7) WIENER (Norbert), Cybernetics or control and communication in the animal and the machine, 1948

(8) GOFFMAN (Erving), La Mise en scène de la vie quotidienne, t. 1 La Présentation de soi, Éditions de Minuit, 1973

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Foursquare pour les entreprises : Claim your venue, but don’t feed the Mayor !

Peu d’entreprises françaises utilisent Foursquare.

Certes, la plateforme n’a pas le même impact que facebook ou twitter en terme de nombre d’utilisateurs et de temps d’utilisation.
Pourtant, Foursquare peut s’avérer un excellent outil de création de trafic sur des points de vente et de fidélisation pour certaines entreprises (notamment les boutiques), sur une cible bien spécifique.
D’autre part, il y existe plusieurs niveaux d’utilisations, de la plus basique (et que toute entreprise pourrait mettre en œuvre) à la plus complète (destinée à des secteurs bien spécifiques).
Revue de détails.

Foursquare, c’est quoi ?

Une application mobile de géolocalisation et de jeu, née à New-York en 2009.
Le principe : indiquer à nos amis Foursquare le lieu dans lequel on se trouve, grâce au « chek-in ».
L’utilisateur partage donc le lieu dans lequel il se trouve, avec la possibilité d’associer au checkin un commentaire, une photo ou un conseil.
L’application est disponible sur Iphone, Symbian, Android, Windows mobile, Blackberry, Palm.

A quoi ça sert ?

– Se retrouver avec des amis ou des contacts
– Rencontrer de nouvelles personnes
– Obtenir des conseils sur un lieu ou des offres spéciales dans une boutique
– Jouer ! Foursquare reste avant tout un jeu, et c’est la première raison pour laquelle on utilise foursquare.
La partie « gamification » comporte deux notions : le mayorship et les badges. La personne qui checke le plus à un endroit devient le Maire du lieu (le fameux « mayorship »).
Les utilisateurs peuvent débloquer des badges, liés à des thématiques ou à des événements.
Comme tout réseau social, il est nécessaire d’avoir un minimum de contacts, mais aussi d’activité, pour percevoir l’intérêt de cette application.

Qui utilise Foursquare en France ?

Le nombre d’utilisateurs en France est -à ma connaissance- inconnu, mais une intéressante étude d’octobre 2011 a dressé une typologie des utilisateurs en France : moins de 30 ans, habitant dans les grandes agglomérations, étudiant ou cadre, déjà présent sur d’autres plateformes sociales.
Voir l’étude complète ici : http://enquete-foursquare.ntmy.fr/

Dois-je utiliser Foursquare pour mon entreprise et si oui comment ?

Difficile de répondre par oui ou par non, car il y a plusieurs utilisations de Foursquare pour une entreprise, de la plus basique à la plus complète.
Je vais donc m’efforcer de vous les détailler ici !


1. Revendiquer ses lieux (venues) : toutes les entreprises devraient le faire !

Pour une entreprise, la première utilisation de Foursquare est « revendiquer » son ou ses lieux.
Cette action confère plusieurs avantages :
– Vous « maîtrisez » votre lieu, et vous pouvez modifier ses informations (en cas d’erreur sur l’adresse par exemple)
– Vous avez accès aux statistiques des checkin sur votre lieu
– Si vous voulez aller plus loin en proposant des offres, avoir revendiqué un lieu est la condition préalable.
 
Je pense que toutes les entreprises, y-compris celles qui ne souhaitent pas aller plus loin en proposant  des offres, devraient revendiquer leurs lieux.
Cela prend 5 minutes, ne coûte rien ; cela permet d’avoir une visibilité sur ses lieux, mais aussi peut-être de mieux considérer cet espace d’expression dans la veille sur son entreprise : en effet, les utilisateurs de Foursquare peuvent publier des conseils sur vos lieux, visibles par tous les utilisateurs qui checkent sur le lieu ou dans les alentours : ces publications sont donc à intégrer à votre veille !
Par ailleurs, les statistiques de checkin vous fournissent des informations intéressantes sur les utilisateurs qui ont checké sur vos lieux :
– Nombre de checkin, de nouveaux checkins
– Sexe, tranche d’âge, partage du check-in sur les réseaux sociaux
Attention, il ne faut pas extrapoler cette typologie de cible : elle ne concerne que les utilisateurs de Foursquare, et ne sera donc qu’une partie de vos cibles.
Statistiques des lieux sur Foursquare : possibilité de voir le nombre de checkins, de nouveaux checkins, la répartition par ses, classe d'âge
Pour revendiquer un lieu, Foursquare propose, sur sa version web uniquement, un bouton « claim this venue » (à droite du lieu quand on affiche la page du lieu).
Personnellement, je n’ai jamais réussi à revendiquer un lieu par ce biais.
Je vous conseille plutôt de passer directement par le support, en créant un ticket : http://support.foursquare.com/requests/new
J’ai utilisé cette méthode qui a parfaitement fonctionné, avec une très bonne réactivité de la part du support Foursquare.
Si votre lieu n’existe pas encore sur Foursquare, il faudra bien évidemment le créer, avant de le revendiquer. Tous les utilisateurs peuvent créer des lieux.
Si votre lieu existe en double, vous pouvez en signaler un (idéalement le moins utilisé) comme doublon.


2. Proposer des « specials » : un outil spécifique pour les boutiques et les établissements accueillant du public

Special de l'Opéra de LyonSi toutes les entreprises possèdent un intérêt à revendiquer leurs lieux, l’utilisation des campagnes « specials » constitue au contraire un marché de niche.
Pour faire simple, si votre entreprise possède des points de vente ou des lieux acceuillant du public et que sa (ou une partie de sa) clientèle ou cible est proche du public Foursquare (cf étude), il y a un intérêt.
Si vous travaillez pour une mercerie dans le Cantal ou un site de traitement de déchet nucléaire, l’intérêt est moins évident, mais bon, vous pouvez aussi faire preuve d’audace !
Mais si vous êtes une boutique dans une moyenne ou grande ville, un établissement culturel, une école ou université, vous pouvez tout à fait utiliser Foursquare pour différents objectifs que je vais détailler. 
Une campagne consiste à offrir des avantages (specials) aux personnes qui checkent sur vos lieux, sur une période définie.
Vous avez donc 3 éléments à définir :
1. Quand ?
La durée de la campagne, sa date de début et date de fin. Ce réglage peut aller jusqu’à l’heure, ce qui est intéressant pour des événements particuliers (soldes,…).
1. Quoi ?
Le special, autrement dit l’avantage. Cela peut être :
– une réduction sur un produit, une gamme de produit (menus dans les restaurants) ou sur toute la boutique
– un cadeau, un goodies
– un jeu concours (Hugo Boss a expérimenté cette utilisation)
2. Pour qui ?
Il faut maintenant définir à qui vous allez offrir le special ; c’est là que cela devient intéressant, car vous allez pouvoir adapter le special en fonction de vos objectifs commerciaux (attirer des nouveaux clients ou fidéliser).
– Offrir le special au  Mayor (mayor special) > vous avez une approche qui avantage théoriquement vos meilleurs clients, les plus fidèles.
Le problème : le fait qu’il soit possible sur foursquare de checker sans être vraiment sur un lieu et la course au mayorship qu’il existe sur beaucoup de lieux fait que souvent les mayors…ne sont pas forcément les clients les plus fidèles. Cela est particulièrement vrai pour les lieux de forte notoriété (Grand restaurant, université, lieu culturel majeur,…)
Même si Foursquare a annoncé récemment qu’il allait « destituer » les maires soupçonnés d’être des « serials checkers (ou « serial-tricheurs »), il parait difficille d’éviter cet écueil.
Offrir des avantages au mayor n’est donc sans doute pas la meilleure approche.
 
– Offrir le special aux personnes qui checkent plus de X fois sur une période donnée (loyalty special) > approche fidélité
Dans ce cas, vous avez une approche fidélité, qui encourage les clients à revenir sur votre point de vente ou votre lieu
 – Offrir le special aux personnes qui checkent pour la première fois (newbie special) > approche notoriété et création de trafic
Dans ce dernier cas, vous avez une approche qui permet attirer de nouveaux clients.
Même si un utilisateur ne connait pas votre lieu ou boutique, ce dernier va s’afficher dans la liste des lieux proches avec un badge special orange, bien distinctif et assez rare encore pour être très visible.
Bien évidemment, vous pouvez combiner ces plusieurs approches.
Le meilleur cas d’école en France est la chaîne de restauration Flunch, qui a crée sur Foursquare les lieux des ses 232 restaurants en France, et a combiné les trois approches :
– 1 café offert au 1er checkin
– 50% sur le deuxième plat chaud au bout du 3ème checkin
– Tous les plats à 5 euros pour le Mayor
En proposant ces différentes approches, Flunch travaille à la fois sur la création de nouveau trafic dans ses restaurants, sur la fidélisation, tout en modernisant son image auprès de la cible des utilisateurs Fousquare.
Et il faut bien reconnaître que la visibilité des restaurants Flunch sur l’application est assez exceptionnelle ; plus d’un restaurant sur deux possède un Maire.
Certes, je vous cite le cas d’une grande marque, mais il faut souligner que les campagnes Foursquare sont vraiment de bonnes opportunités pour les boutiques et points de vente, quelle que soit leur taille.
La mise en oeuvre d’une campagne est en effet très rapide…et gratuite !
De plus, il est possible d’avoir une bonne visibilité sur l’application car encore peu d’entreprises mettent en œuvre des campagnes.


3. Créer une page entreprise et publier des conseils sur vos lieux

Enfin, une dernière utilisation pour les entreprises très intéressante : les pages entreprises.
Cette fonctionnalité, peu connue, fonctionne un peu comme les comptes twitter : les utilisateurs peuvent s’y abonner et suivre les pages (comme un utilisateur)
Une page peut partager avec ses abonnés :

– ses conseils :c’est ici que se fait la connexion entre la page et les lieux. Si vous êtes une marque, vous allez, avec votre page, déposer des conseils sur vos différents sites ou points de vente.

Un conseil est visible sur le lieu auquel il a été appliqué, il apparaît en plein écran si l’utilisateur suit la page qui a crée le conseil sur un lieu.
Le conseil peut donc être un excellent outil de recommandation mais aussi de diffusion de contenu (pour des événements par exemple), qui peut être utile pour bon nombre d’entreprises qui disposent de lieux accueillant du public
– ses checkins, photos et commentaires associés au checkin : une page peut checker via le site web foursquare
Pour les entreprises, cela n’est pas forcément utile, mais les pages possèdent un intérêt beaucoup plus marqué pour les personnalités politiques, qui peuvent ainsi informer les militants et sympathisants de leurs déplacements, et publier des photos liés.
La Maison Blanche et l’Élysée ont crée leurs pages, pour permettre aux utilisateurs de suivre les déplacements des présidents américain et français.
Les déplacements sont associés à un commentaire et une photo, devenant ainsi un outil intéressant de storytelling.
L’anatomie d’une page Foursquare  : un bandeau image (860px / 130px), les photos et conseils publiés par la page.
Il est intéressant d’utiliser le bandeau image pour exprimer l’intérêt de suivre votre page : par exemple dans l’exemple de le page de l’Université de Harvard (ci-dessous), le bandeau intègre le texte « Explore Harvard with Foursquare », ce qui montre clairement à l’utilisateur l’intérêt de suivre cette page, en l’occurrence ici d’avoir des informations et des conseils sur les différents lieux du campus.
L’utilisation de Foursquare pour les universités et grandes écoles qui disposent de plusieurs sites peut donc être très intéressante !
Page Foursquare de l'Université de Harvard
Sachez que vous pouvez également publier des conseils sans avoir de page entreprise, avec un simple profil, mais le format « profil » sera moins adapté à une utilisation professionnelle.

En conclusion…

Vous l’aurez compris, il y a plusieurs niveaux d’interventions sur Foursquare pour une entreprise.
Vous avez déjà tout intérêt à revendiquer votre lieu. Ensuite, essayez de définir l’utilité et la manière d’aller plus loin, en fonction des vos objectifs et de vos cibles.
La question des ressources humaines est moins prégnante : globalement, utiliser Foursquare nécessite peu de temps d’animation et de gestion, sauf si vous mettez en oeuvre une campagne majeure comme Flunch.


Si vous avez de bons exemples d’utilisation professionnelle de Foursquare ou des questions, n’hésitez pas à les publier en commentaire !


Ressources :



Jeu Hugo Boss mis en oeuvre via Foursquare


Page d’accueil business de Foursquare


Revendiquer un lieu sur Foursquare :


Créer sa page :

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2012 : vers un web post-social ?

A défaut d’être l’année de l’apocalypse, 2012 marquera t-elle la fin de « la bulle » sociale (je parle de web bien sûr) ?

Les grandes plateformes web de réseau social  sont nées au début des années 2000 : Meetic en 2001, Friendster en 2002, Myspace, Viadéo et LinkedIn en 2003, Facebook, Youtube et Dailymotion en 2005, Twitter en 2006.
10 ans après le début de cette vague, le social imprègne le web, le web transpire le social.
Les grandes plateformes ont atteint des nombres d’utilisateurs exceptionnels, et beaucoup se sont rués sur ce nouvel eldorado : on nous vend du social partout : livres, conférences, blogs, web agencies,…
Chacun se doit de soigner son personal branding, les marques de soigner leur e-réputation :

Les webmasters doivent « socialiser » leur site ; les community managers doivent animer des communautés, tout le monde doit soigner son e-réputation et travailler son personal branding.

Oui, mais…

Les sites web ont-il vraiment besoin d’intégrer des boutons sociaux pour permettre le partage de leur contenu ?


Pas forcément, les utilisateurs des plateformes sociales savent comment partager un article d’un site web sur facebook ou twitter sans avoir recours aux plugins sociaux.
AddThis, qui propose des outils de social plugins, a révélé récemment dans une étude d’une ampleur assez importante ( 5 ans de données sur 1,2 milliard d’individus / mois) que la pratique majoritaire du partage de contenu sur les réseaux sociaux se fait…par copier coller, 10 fois plus fréquemment que par les outils de partage.

De plus, l’intégration de fonctionnalités natives de partage dans les navigateurs web, voire dans les systèmes d’exploitation des terminaux (IOS5 avec twitter) relativise l’impact des boutons sociaux intégrés directement aux sites.
On peut se poser la question suivante : est-ce le rôle des sites web que de proposer des plugins sociaux de partage (je ne parle pas des liens vers les espaces sociaux), ou bien doit-on laisser « cette tâche » aux navigateurs  ou aux systèmes d’exploitation ?
Cela me fait penser à cette mode il y a quelques années d’afficher sur les sites un bouton « ajouter le site aux favoris ». Cette pratique a été ensuite abandonnée, parce qu’il s’agit plus d’une fonctionnalité du navigateur, mais aussi parce qu’elle posait des problèmes ergonomiques et graphiques. Voir mon article à ce sujet.

Les pages et comptes des marques sont-ils vraiment des communautés ?

Non, dans la plupart des cas, parler de « communauté » pour une page facebook ou un compte twitter est galvaudé : avoir des fans ou des followers ne signifie pas avoir une communauté, et animer de tels espaces ne peut être appellé du « community management ».
Une communauté suppose des  « liens d’intérêts, des habitudes communes, des opinions ou des caractères communs” (définition Larousse) ; dans beaucoup de cas, le seul caractère commun est d’être fan ou de suivre une marque, et cet élément  n’est pas suffisant pour faire exister une communauté.
Voir mon article « Pourquoi les community managers ne font pas de community management ? »

Soigner son e-réputation, ne pas parler de sa vie privée… quitte à avoir tous le même profil ?

Certes, il est important de paraître un bon candidat aux yeux d’un recruteur lorsqu’on est à la recherche d’opportunités professionnelles.
Les gourous du personal branding expliquent aux étudiants qu’il ne faut pas publier leurs photos de soirée, verrouiller leur profil facebook, et bien remplir leur CV et développer leur réseau sur Viadéo et LinkedIn.
Mais à force d’écouter ces conseils, n’arrive t’on pas à une standardisation de la présence web, où tous les candidats se ressemblent et ou l’originalité et la personnalité de chacun s’efface sous prétexte qu’il ne faut pas parler de sa vie privée sur le web ?
Voir mon billet « la mauvaise réputation »
Aujourd’hui, certaines  voix commencent à remettre en cause cette pensée unique :  Jeff Jarvis avec son ouvrage « Tout nu sur le web » (Pearson Education – décembre 2011), Jean-Marc Manach avec son ouvrage « La vie privée, un problème de vieux cons » (Fyp Éditions – octobre 2010).

2012, année du post-social ?

Le web social est une réalité. Il a permis et il permet aujourd’hui de créer dans certains contextes des opportunités pour des personnes et des marques qui n’auraient pas été possibles sans.

Mais beaucoup surestiment sa puissance  et son efficacité.

La dernière conférence #leweb11 , grande messe commerciale du web (en fait surtout du web social), à Paris en décembre 2011, avait pour slogan conceptuel et pour vision du web le #solomo, pour social, local, et mobile.

Lors de cette même conférence, George Colony, CEO du cabinet Forrester Research, a avancé un tout autre concept : le « post-social » ou #poso.

Son idée est simple : il y a trop de réseaux sociaux, trop d’espaces d’expressions, comparé à notre capacité d’utilisation.
George Colony reprend en fait le concept de « social media fatigue », qui émerge depuis quelques mois, consolidé par des études montrant une baisse de la contribution et une hausse de la passivité, sur facebook notamment.


Mais alors, que pourrait être ce fameux web post-social ?

Selon George Colony, ce sera un web plus efficace, plus pragmatique, recherchant l’efficacité et une forte valeur ajoutée des services en ligne, la productivité et la rapidité.

Comment cela pourrait se traduire au niveau des grandes plateformes ?
Cela voudrait dire pas forcément moins d’utilisateurs mais moins d’utilisation, ou en tout cas une utilisation plus rationnelle, répondant à un besoin ciblé et occasionnel : je vais sur LinkedIn car je suis à a la recherche d’emploi, je vais sur facebook car je souhaite partager mes photos de vacances avec mes amis, mais je reste moins connecté à ces plateformes de manière permanente.

Path, l’avenir du web social ?

Le web post-social pourrait aussi permettre de nouvelles opportunités et une redistribution des cartes du marché du web social.
Cela pourrait favoriser le développement de plateformes plus simples d’utilisation, avec moins de fonctionnalités, et peut-être moins ouvertes .
Path pourrait parfaitement incarner ce web post-social : une plateforme assez fermée (application mobile Android et IOS, pas de plateforme web),  une vocation à échanger dans un cercle assez étroit (limite d’amis fixée à 150 actuellement) , une simplicité d’utilisation (le design est époustouflant !), et surtout une absence totale de publicité ou de présence de marques.

On imagine que si Path évoluait, ce serait plutôt vers un modèle freemium, tant la présence de marques et de publicité est contraire à l’esprit de cette application.

Ce serait alors une rupture profonde dans le web social, dans la mesure ou la plupart des grandes plateformes dominant actuellement le marché se basent sur le modèle publicitaire et l’irruption des marques dans la sphère privée, pour permettre la gratuité de service à l’utilisateur.

Et sur le plan organisationnel ?

La possible montée en puissance de ce type de plateforme, ajouté à l’éclatement de la bulle du web social, pourrait recentrer les marques vers une utilisation plus rationnelle des réseaux sociaux, ce qui n’est pas forcément le cas aujourd’hui.
Sur le plan organisationnel, cela pourrait se traduire par un amoindrissement du « ‘Community Management » qui deviendrait plus une mission, à défaut d’incarner véritablement une fonction, excepté dans les très grandes entreprises ou dans certains domaines très marqués par la dimension communautaire (enseignement supérieur, sports,…).

Et vous, comment imaginez-vous l’avenir du web ?

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La mauvaise réputation

E-réputation personnelle, personal branding, respect de la vie privée, droit à l’oubli numérique,…
Et si on s’en foutait ?

« Prenez garde, jeunes fous & inconscients ! »

Cela fait maintenant plusieurs années qu’on nous assène de discours moralisateurs avec ces concepts, à coup de billets de blogs, de conférences, d’ouvrages, de cours,…

On nous dit de faire attention aux traces qu’on laisse.
On nous met en garde.
On nous prévient des conséquences à long terme des photos ou tweets que l’on publie aujourd’hui.
On ne doit pas dévoiler sa vie privée.
On nous parle de « personal branding », de e-réputation.
Paraître bien, être « bankable ». Penser à soigner son image, son CV, son pedigree.
Voir mon billet à ce sujet : « Beau sur facebook, intelligent sur twitter »
Être lisse, sans accrocs. Passer pour le gendre parfait, le candidat idéal, toujours, tout le temps.
Ça ne vous fatigue pas ? Moi, si.
Et si vous nous fichiez la paix avec toutes vos mises en garde et vos sermons ?

Personal branding ou obsession narcissique ?

Certes, travailler sur sa marque personnelle (personal branding) est important lorsqu’on recherche un emploi, des opportunités professionnelles ou personnelles.
Mais quand cette attention de soi devient chronique, cela ne génère t-il pas une forme de narcissisme ?
Narcisse était tombé amoureux de son image en contemplant son reflet dans l’eau, aujourd’hui les adeptes du personal branding se contemplent en se googlisant et en suivant au jour le jour leur score Klout.

Il y a à ce sujet un raccourci étrange que beaucoup de « moralisateurs du respect de la vie privée » utilisent : protéger sa vie privée permettrai d’améliorer sa marque, son image.
Ah bon ?
Finalement, ce raccourci se base sur le principe que notre vie privée est gênante, honteuse, dévalorisante.
Sous prétexte d’être attractif sur le web, il faudrait donc se taire, ne rien dire de soi ou de sa vie.
Effectivement, si l’on a un goût prononcé pour les contrefaçons et que l’on  a été condamné pour faux et usages de faux, il est préférable de ne pas trop évoquer ce centre d’intérêt sur facebook si l’on est candidat à un poste au service « Carte nationale d’identité » de la Préfecture.

Mais le mythe du candidat que le recruteur n’embauche pas parce qu’il a vu des « photos de beuverie » (j’adore cette expression) sur facebook me fait sourire.
Oui, cela a du arriver. Mais franchement, est-ce là l’essentiel ?
C’est un peu prendre les recruteurs pour des imbéciles que de faire croire qu’une photo de soirée avec une pinte de bière à la main pourrait faire perdre toutes ses chances à un candidat sérieux, qui possède un CV adéquat au profil recherché.
Un recruteur sélectionne sur un CV, par sur une photo de soirée, non ?
Par ailleurs, sur un CV, on décrit un peu de notre vie privée dans la classique partie « centre d’intérêts », pourquoi faire la même chose sur le web serait gênant ?

La vie n’est plus privée si on la met en scène

Quant-à la vie privée, oui, il faut la défendre, la protéger contre les coups de boutoir de facebook & co, qui l’ébrèchent à chaque mise à jour.
Mais utiliser le terme de « vie privée » sur le médias sociaux est-il toujours pertinent ?
Lorsqu’un autre dévoile une part de ma vie sans mon accord, c’est une atteinte à ma vie privée. Et les outils et les lois doivent nous protéger de cela.
Mais lorsque je publie une photo de moi, que j’écris ce que je suis en train de faire ou ce que je pense, s’agit-il encore de vie privée ?

Non, puisque je fais la démarche de rendre ma vie publique.
Facebook n’est pas un trou de serrure qui nous permet de voir chez les autres à leur insu, c’est une scène de théâtre sur laquelle chacun vient jouer le rôle qu’il a choisi.

Voir mon billet « Facebook flatte le narcissisme et crée l’illusion d’être un people »
Sur les médias sociaux, on ne dévoile pas sa vie privée, on la met en scène.

Finalement, le concept de vie privée tel que nous le connaissons n’est-il pas amené à disparaître, ou en tout cas à être transformé ?

Partager, c’est perdre quelque-chose, c’est prendre un risque

Par ailleurs, quand on parle de médias sociaux, on parle souvent de « partage ».
Quand on partage quelque-chose sur les médias sociaux, on donne un peu de soi aux autres, et on perd aussi quelque-chose (c’est le principe du partage, non ?)
Car on prend toujours un risque en exposant son point de vue ou en parlant de soi.

On se doute qu’on laisse des traces un peu partout.
C’est le revers des médias sociaux ; mais je ne connais aucun outil, processus, système qui ne possède pas d’inconvénients.
Si l’on continue de partager en connaissance de ces risques, cela signifie peut-être que les bénéfices de notre usage sont plus grands que ses risques.

« Ne t’amuses pas trop, jeunesse insouciante, pense d’abord à ton avenir… »

Je n’ai malheureusement pas de chiffres récents à ce sujet, mais j’ai souvent l’impression que beaucoup de moins de 30 ans se foutent souvent de toutes ces questions de vie privée.
Ce qui a le don d’irriter les quadras et quinquas, qui se sentent du coup investis par la mission de prévenir et de mettre en garde tous ces jeunes inconscients qui ne pensent même pas au conséquences de leurs actes.

« Mais vous vous rendez compte que les photos que vous publiez aujourd’hui,  les traces que vous laissez, elle seront encore sur le web dans 20 ans… ».
« Oui…et alors ? »
Qu’une photo de beuverie ou qu’un  échange entre 2 personnes sur le thème « qu’est ce qu’on fait ce soir ? » soit encore en ligne 20 après, au final, qu’est ce que ça change ?
Dans 20 ans, ces photos et ces échanges  seront enfouis au plus profond de la décharge du web.  
Ça vous arrive souvent, vous, de fouiller dans une décharge ?
Les médias sociaux ne connaissent pas l’archivage : par défaut, tout reste en ligne.
Mais rester en ligne signifie t-il rester visible ?
Pas forcément, surtout quand le volume des publications est tellement important qu’un contenu publié est rapidement oublié, noyé et balayé par le tsunami de l’information et son flux incessant de publications.
Et même si Google arrive à fouiller cette décharge, ces informations n’auront plus d’intérêt, car elles seront anachroniques, dépassées, périmées. 

« Vous vous rendez pas compte des conséquences de vos actes dans le futur ? »
Cette mise en garde n’est-elle pas un réflexe de réac’ et de vieux blasés qui ont peur d’un outil qu’ils ne connaissent pas ?

« Prends garde à ce que tu fais aujourd’hui pour préparer ton avenir. »
Penser à l’avenir, toujours à l’avenir. Les psychologues confirmeront, il n’y a rien de plus anxiogène que de penser qu’aux conséquences de nos actes  sans vivre le moment présent.

Certes, le droit à l’oubli numérique doit exister. Mais pourrions-nous aussi envisager un droit à l’insouciance numérique ?

A chaque décennie son sujet anxiogène associé à son discours moralisateur et son injonction d’oublier de profiter du présent pour ne pas compromettre le futur : le SIDA dans les années 90, la terre et l’écologie dans les années 2000…
Cela me fait penser aux mises en garde de notre décennie sur la vie privée…à la différence près qu’avoir une mauvaise réputation n’a jamais tué personne.

Mais les braves gens n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux…

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Les influglandeurs : pour faire désenfler leurs chevilles, retirez le Klout !

L’imposture commence dès la page d’accueil : « Everyone has Klout », peut-on lire sur la homepage du célèbre et controversé  outil de « mesure d’influence » Klout.
Non, tout le monde n’a pas de Klout : ceux qui ne sont pas utilisateurs de twitter n’ont pas de Klout.
Cela fait déjà un grand nombre de personnes sur Terre (environ 6.1 milliards ).

Pas besoin d’un long discours pour démontrer que Klout est une imposture.
Il suffit simplement :
1. De regarder le top100 des « influenceurs » en France 
2. Puis de lire la définition de l’influence.
« Action, généralement continue, qu’exerce quelque chose sur quelque chose ou sur quelqu’un »
« Ascendant de quelqu’un sur quelqu’un d’autre »
« Pouvoir social et politique de quelqu’un, d’un groupe, qui leur permet d’agir sur le cours des événements, des décisions prises, etc.  »
Dictionnaire Larousse 

Oui c’est sûr, les personnes de ce top100 possèdent un pouvoir social et politique majeur. Ils agissent sur le cours des événements en France. Ils font régulièrement la une de l’actualité. Ils possèdent une notoriété internationale. Les 10 premiers sont même de sérieux candidats au célèbre « person of the year » 2011 du Magazine Time.

Soyons sérieux.
Combien de personnes en France connaissent les « influenceurs » de ce top100 ?
Pas grand monde à vrai dire, à part la communauté des geeks et gens du web / social media, et encore ceux qui ont assez de temps libre pour errer sur les réseaux sociaux…

De la même manière que le nombre de pages vues ou de visiteurs sur votre site ne vous dira jamais si les visiteurs ont aimé votre site ou on trouvé l’information qu’ils recherchaient, Klout ne pourra jamais mesurer l’influence :  Klout compte des clics, des tweets et des retweets ; l’influence ne se comptabilise pas, ça s’appelle de la psychologie.

La dernière Cène

Jésus n’avait que 12 followers, ça ne l’a pas empêché par la suite d’avoir beaucoup d’influence.

 

L’imposture de Klout réside essentiellement dans deux raccourcis :
1- « J’échange avec d’autres, donc je suis influent »
C’est évidemment un raccourci grossier : c’est oublier le concept de « bruit » et la définition de l’influence.
2- Je rediffuse une information, donc j’ai été influencé par cette information
C’est discutable : il m’arrive parfois de retweeter une information qui ne m’intéresse pas mais que je pense qu’elle pourrait intéresser mes followers (c’est le principe de twitter, non ?)
A l’inverse,  je ne vais pas forcément tweeter  ou retweeter un billet qui m’influence réellement.

Klout joue sur la confusion entre intérêt et influence, mais aussi entre partage et influence :
Je peux être intéressé par une information sans qu’elle m’influence.
Je peux partager une publication sans qu’elle m’influence.

Autre critique : pour pouvoir influencer, encore faut-il penser par soi-même.
Si quelques personnes du top100 sont réellement influenceurs dans le sens ou ils font part de leur point de vue et de leur analyse, la plupart ne fait que rediffuser des publications ou écrire des billets qui ne sont que des traductions des billets de mashable et autres techcrunch, billets plus conçus pour flatter le SEO et le nombre de visites que l’intelligence de leurs lecteurs.

Mais si Klout ne mesure pas l’influence, qu’est ce qu’il mesure ?

Klout mesure le niveau d’activité sur les réseaux sociaux, et notamment sur twitter.
Au plus vous tweetez, et notamment au plus vous échangez avec d’autres, au plus votre Klout sera flatté.

Autrement dit, au plus vous avez de temps libre pour errer sur twitter, au plus vous soignerez votre Klout. Facile, non ?

Alors faut-il être un « no-life » pour pouvoir être influenceur ?
Pour Klout, dans un certains sens, oui.
Outre le fait d’être du pain-bénit pour Twitter,  Klout pousse les utilisateurs à passer plus de temps à échanger sur twitter, en promettant le statut d’influent aux personnes les plus actives sur twitter.

Un recruteur me disait récemment avoir fait une grosse erreur dans le recrutement d’un poste de « community manager », en embauchant un « pro » auto-proclamé des réseaux sociaux, un « community manager influent », qui avait certes une bonne maîtrise des réseaux sociaux…mais pour un usage personnel : des milliers de followers, une maîtrise des us et coutumes de twitter certes…

Mais avoir 2000 followers ne signifie pas animer une communauté, et connaître la signification de #WTF #OMG et #Fail n’a jamais été très utile quand on développe la présence d’une marque sur les médias sociaux.

Si le score Klout peut éventuellement être utile pour mesurer le niveau d’activité d’une marque sur twitter (mesurer l’engagement, et non le ROI), espérons qu’il ne sera jamais utilisé dans le recrutement, sinon de telles erreurs de recrutement risquent d’être fréquentes, ce qui sera préjudiciable aux recruteurs comme aux candidats.

Oubliez les études et les diplômes !
Avec Klout, errer et glander sur twitter constitue la voie royale pour devenir influenceur.
Influglandeur..un métier qui va sans doute susciter de nombreuses vocations !

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